Entre Nous: Reconstruire l’imaginaire collectif

La migration n’occupe pas une place importante dans le discours politique. Elle ne vient en général au-devant de la scène que lors des drames ou des expulsions, ou encore des retours volontaires.

Si l’Europe et l’Amérique optent pour le durcissement des politiques migratoires, avec l’arrivée au pouvoir des gouvernements de droite ou d’extrême droite, certains pays africains se singularisent par la brutalité des mesures prises contre les migrants. Des expulsions précédées des rafles massives des ressortissants d’Afrique subsaharienne demeurent l’exercice favori de pays arabes agissant sous la pression de l’Union européenne. Hélas, même, en Afrique Centrale ou australe, les migrants d’origine d’autres nations africaines subissent encore des traitements à la fois dégradants et inhumains. Une situation assez déplorable dans un contexte où la migration intra-africaine demeure la plus grande importante. « L’Organisation des Nations Unies (ONU) estime que l’Afrique a connu une augmentation de 25 % de l’immigration intra-africaine (à l’exclusion des réfugiés et des demandeurs d’asile) au cours de la dernière décennie (de 12 millions en 2015 à 15 millions en 2024). Bien qu’il s’agisse probablement d’un nombre sous-évalué de par leur nature informelle, la quasi-totalité des migrations internes à l’Afrique sont des migrations de travail sous une forme ou une autre », précise une note du Centre d’études stratégiques de l’Afrique publiée en février 2025.

Les Africains ne peuvent pas et ne doivent pas être maltraités sur le continent par leurs propres frères.

L’Afrique devrait être ce continent où chaque Africain doit se sentir chez lui partout sans aucune restriction.

Ses dirigeants doivent lever les barrières entre les populations. Certains gouvernements ont déjà supprimé la politique de visa pour les ressortissants de pays africains. Ce qui est en soi une avancée majeure vers une unité africaine chèrement défendue par les pères fondateurs de l’Oua – Kwame Nkrumah, Modibo Kéita, Gamal Abdel Nasser, etc. Face aux mutations mondiales, l’Afrique ne tirera son épingle du jeu que dans l’intégration des peuples au lieu de rester la vache laitière et le dépotoir d’armes pour les puissances mondiales. Les richesses africaines sont toujours pillées par d’autres Etats avec la complicité d’élites locales qui ne voient que le pouvoir et ses privilèges.

Dans une tribune intitulée « quand nos pirogues racontent l’effondrement d’un rêve collectif », l’analyste Sambou Sissoko explique que « multiplier les contrôles aux frontières ne fait que déplacer les routes migratoires. Criminaliser les passeurs ne tarit pas la demande ». Selon lui, il faut reconstruire notre imaginaire collectif. « Cesser de valoriser systématiquement l’Occident comme horizon indépassable. Nos élites doivent se soigner dans nos hôpitaux, scolariser leurs enfants dans nos écoles, investir dans nos économies. Cela suppose évidemment de rendre ces hôpitaux, ces écoles, ces économies dignes de ce nom. Il faut réhabiliter les valeurs de probité, de travail, de construction patiente. Réapprendre à honorer ceux qui contribuent réellement au bien commun plutôt que ceux qui l’ont pillé avec succès. Rebâtir un récit national crédible, pas les mythes frelatés sur nos pères fondateurs, mais une vision lucide de ce que nous pourrions devenir ».

Par Chiaka Doumbia

Source : Le Challenger

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