Kabylie indépendante : L’Algérie confrontée à ses contradictions

L’Algérie aime à se présenter comme le fervent défenseur du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes… mais cette posture s’arrête visiblement aux frontières de son propre territoire.

Depuis des décennies, la diplomatie algérienne s’est illustrée par un jeu trouble et un soutien obscure aux mouvements séparatistes, notamment le Polisario et la CMAA au nord du Mali.

Pourtant, cette posture de défenseur des opprimés se heurte à une réalité intérieure bien différente, où toute revendication identitaire ou autonomiste est systématiquement réprimée. Le cas de la Kabylie en est l’illustration la plus flagrante.

L’ex-médiatrice désavouée sur son propre sol

Par l’accord d’Alger de 2015, l’Algérie s’était imposée comme un acteur central dans la résolution du conflit malien, jouant les médiateurs entre le gouvernement de Bamako et les groupes armés séparatistes, notamment la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). Elle avait accueilli les négociations, rédigé les termes de l’accord, et s’était engagée à en garantir l’application.

Mais depuis, elle a été progressivement écartée du processus. Une mise à l’écart qui devrait inciter Alger à se pencher sur un conflit latent au sein même de ses frontières : celui qui oppose l’État central à la communauté berbère kabyle, qui revendique une autonomie par autodétermination, voire une indépendance effective pour cette région du nord de l’Algérie.

Kabylie : le tabou de l’autonomie

Le récit d’une diplomatie généreuse et désintéressée s’effondre dès qu’il s’agit d’ouvrir un dialogue interne avec la Kabylie. Le rôle de médiateur que l’Algérie aime incarner à l’international se révèle être un masque, dissimulant une politique intérieure d’étouffement des voix dissidentes.

Cette contradiction soulève une question essentielle : comment un État peut-il défendre avec ferveur le droit à l’autodétermination à l’étranger, tout en le niant catégoriquement chez lui ? L’Algérie semble pratiquer une diplomatie à géométrie variable à l’international, mais ignore son propre péril au plan national.

En Kabylie, région berbérophone du nord algérien, les aspirations à l’autonomie ne sont pas accueillies par le dialogue, mais par la répression. Le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), dirigé par Ferhat Mehenni, est qualifié d’«organisation terroriste» par les autorités. Ses militants sont poursuivis, emprisonnés, et ses activités interdites sur le territoire national.

Cette posture affaiblit la crédibilité d’Alger sur la scène internationale. Elle met en lumière une hypocrisie de plus en plus difficile à dissimuler.

La proclamation symbolique d’indépendance de la Kabylie, organisée à Paris en décembre 2025, a été accueillie par un silence glacial à Alger.

L’événement, tenu dans un lieu privé à proximité de l’Arc de Triomphe, a rassemblé de nombreux militants, cadres du mouvement et personnalités étrangères.

Après la déclaration solennelle, le discours du président du MAK, Ferhat Mehenni – désormais président de la République kabyle – a été prononcé, suivi de l’hymne national kabyle. Des parlementaires, acteurs associatifs et militants venus de France, du Canada, d’Israël, du Royaume-Uni, entre autres, ont pris la parole pour saluer un événement unanimement qualifié d’historique. Malgré les tentatives d’intimidation, la présence internationale a renforcé la portée symbolique de cette proclamation, largement relayée sur les réseaux sociaux.

Il est temps pour l’Algérie de réconcilier sa politique étrangère avec ses réalités internes. Le dialogue, la reconnaissance des identités plurielles et l’ouverture à des formes d’autonomie régionale ne constituent pas une menace pour l’unité nationale, mais bien une garantie de stabilité. À l’inverse, la répression et le déni ne font qu’alimenter les frustrations et renforcer les discours séparatistes. Le modèle du dialogue inter-Malien, que l’Algérie ne cesse de minimiser, rappelle l’urgence d’initier de vastes concertations nationales – y compris avec la diaspora – afin de formaliser des accords de principe et d’adopter des normes adaptées pour un vivre-ensemble apaisé.

Plutôt que de chercher à influer constamment sur le destin des autres peuples en quête d’autonomie ou d’indépendance, l’Algérie gagnerait à regarder en face ses propres contradictions. Pour sûr !

La Rédaction

Source : L’Aube

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