Les soliloques d’Angèle : Produire sans vendre : l’impasse silencieuse des producteurs locaux

Aujourd’hui parlons d’Oumar. Il cultive depuis des années du maïs et des légumes destinés au marché local. La saison a été bonne, la récolte abondante, le travail accompli avec rigueur. Pourtant, une fois la production achevée, un autre combat commence : trouver des acheteurs à un prix juste.

Les marchés sont saturés, les intermédiaires imposent leurs conditions et les prix chutent brutalement en période d’abondance. Oumar se retrouve face à un paradoxe cruel : produire plus ne signifie pas gagner plus. Faute d’infrastructures de stockage adaptées et de circuits de commercialisation organisés, une partie de la récolte se détériore ou est vendue à perte.

Cette instabilité fragilise l’ensemble de la chaîne. Les revenus irréguliers empêchent l’investissement dans du matériel plus performant ou dans l’amélioration des techniques agricoles. L’accès au crédit est compliqué, car les banques exigent une visibilité que les producteurs en général peu structurés, ne peuvent garantir. Le travail est réel, la production tangible, mais la rentabilité reste incertaine.

Pour les consommateurs, cette situation se traduit parfois par des hausses imprévisibles des prix hors saison. Pour les producteurs, elle engendre découragement et vulnérabilité économique. L’absence de structuration des filières limite la capacité à stabiliser l’offre et à sécuriser les revenus.

Des solutions concrètes pourraient atténuer ces déséquilibres : développer des coopératives solides pour négocier collectivement les prix, investir dans des infrastructures de stockage et de transformation, encourager les contrats d’achat anticipés entre producteurs et distributeurs, créer des centrales d’achats et les industries transformatrices et faciliter l’accès à l’information sur les marchés. La transformation locale des produits agricoles permettrait également d’ajouter de la valeur et de réduire les pertes.

À travers l’expérience d’Oumar se dessine un enjeu majeur : produire ne suffit pas si la commercialisation n’est pas maîtrisée. Tant que les producteurs resteront isolés face aux fluctuations du marché, leur travail continuera d’être exposé à une instabilité qui freine le développement rural et économique du pays.

Parce que c’est notre Mali.

Muriel Jules

Source : Mali Tribune

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