Lettre à grand-père : Remettons nos certitudes en cause

Cher Grand-Père, Je voudrais aujourd’hui partager avec toi une réflexion qui me semble essentielle dans le processus de construction de la pensée et de la philosophie.

Ce processus s’appelle la problématisation. C’est un concept fondamental qui consiste à remettre en question une certitude, une vérité que l’on tient pour acquise, afin de l’examiner sous toutes ses facettes.

La problématisation, cher grand-père, est l’acte de questionner une vérité, sans tabou, sans crainte, et de poser toutes les questions possibles autour de celle-ci. Elle permet d’examiner une certitude ou une idée reçue sous l’angle du doute. Ce processus est un exercice intellectuel qui consiste à réfléchir et à interroger ce que l’on pensait être acquis. Parfois, une idée semble évidente, mais n’avons-nous pas besoin de poser des questions pour en tester la validité ?

Prenons un exemple concret : la Transition politique qui se déroule actuellement dans notre pays, comme dans d’autres. Si l’on devait problématiser cette situation, cela commencerait par des questions simples : Qu’est-ce qu’une Transition politique ? Quelles sont les grandes réussites de transitions politiques dans le monde ? Quels objectifs peut-on légitimement assigner à une Transition politique ? Qu’entend-on par « Transition », « Intérim » ou « Rupture » ?

Ce n’est pas là qu’il faut s’arrêter, cher grand-père. La problématisation consiste à aller plus loin. Est-ce que ce que nous vivons au village, cette situation qui est qualifiée de « Transition politique », peut réellement être considérée comme telle ? Si ce n’est pas le cas, qu’est-ce que c’est alors ? Et si nous étions dans une transition, comment pouvons-nous évaluer ses effets réels ? Avons-nous progressé, ou est-ce que nous avons régressé ?

Si nous avons des réponses claires, la problématisation peut se conclure. Mais si nous avons encore des doutes, nous devons poser davantage de questions. Par exemple : « Quel est le bilan réel de la Transition politique au village ? » « Est-ce que nous avons réellement avancé ou régressé ? » Et surtout, à la fin de cette réflexion, avons-nous l’espoir sincère que cette situation dure, perdure et se répète, ou voulons-nous en sortir ?

Si, après toutes ces questions, nous trouvons un consensus, un « Amen » collectif, alors nous pouvons considérer que la problématisation a porté ses fruits et que la vérité sur cette situation a été révélée. Une fois que les réponses sont claires, le concept devient précis et philosophique, car nous avons examiné et testé toutes les possibilités.

Nous pourrions appliquer ce même principe de réflexion aux situations internationales, que ce soit l’Afghanistan, la Syrie, le Venezuela ou l’Iran, mais ce n’est pas mon domaine. Je suis philosophe, pas géopoliticien, cher grand-père.

Ce processus de questionnement est essentiel, car il nous aide à sortir des certitudes et à penser plus librement. Une philosophie qui ne questionne pas ses propres fondements reste limitée. Nous devons remettre en cause nos croyances, nos certitudes, et ne jamais avoir peur de poser les questions qui dérangent.

Je te laisse, cher grand-père, avec ces réflexions, espérant qu’elles nourriront tes pensées. Cette lettre est ma 340ème, une de plus dans mon cheminement philosophique.

Avec tout mon respect et ma tendresse,

Koureichy

Source : Mali Tribune

 

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