Mali: audit de 25 ans de financement des partis à la Cour suprême

Publié en décembre 2025, le rapport d’audit définitif de la Section des Comptes de la Cour suprême analyse le financement public des partis politiques maliens sur la période 2000–2024. Le document détaille les règles légales, les montants versés, la concentration des ressources et les limites rencontrées dans le contrôle des fonds publics.

Le financement public des partis politiques au Mali repose depuis l’an 2000 sur une disposition légale fixant à 0,25 % des recettes fiscales annuelles de l’État le montant global destiné à soutenir ces organisations. Cette règle, prévue par les lois portant charte des partis politiques de 2000 puis de 2005, est rappelée dans le rapport d’audit définitif publié en décembre 2025 par la Section des Comptes de la Cour suprême. Sur la base des crédits inscrits chaque année au budget de l’État et des données issues des rapports de vérification disponibles, le volume total des financements publics alloués aux partis politiques entre 2000 et 2024 est estimé entre 25 et 35 milliards de francs CFA, le rapport ne présentant toutefois pas de total consolidé officiel pour l’ensemble de la période.

La répartition de ces fonds s’effectuait selon une clé légale en quatre fractions. Une première part de 15 % était destinée aux partis ayant participé aux dernières élections générales législatives ou communales et ayant déposé leurs comptes annuels dans les délais. Une deuxième fraction de 40 % était répartie proportionnellement au nombre de députés, une troisième de 35 % en fonction du nombre de conseillers communaux, tandis qu’une quatrième fraction de 10 % était attribuée en fonction du nombre de femmes élues, à raison de 5 % pour les députées et 5 % pour les conseillères communales. Ce mécanisme a favorisé une concentration progressive des ressources au profit des partis disposant d’une présence institutionnelle durable.

Les données analysées dans le rapport montrent que trois formations politiques ont été les principaux bénéficiaires du financement public sur la période considérée. Le parti ADEMA-PASJ a perçu des montants cumulés estimés entre 5 et 7 milliards de francs CFA, suivi du RPM avec des financements évalués entre 4 et 6 milliards de francs CFA, et de l’URD dont les montants cumulés sont estimés entre 2 et 3 milliards de francs CFA. À eux seuls, ces trois partis concentrent une part majoritaire des subventions publiques versées entre 2000 et 2024.

Derrière ce trio, plusieurs partis disposant d’une représentation parlementaire ou communale régulière apparaissent comme bénéficiaires de montants significatifs, sans toutefois atteindre les niveaux des principales formations. Des partis tels que CNID-FYT, CODEM, FARE An Ka Wuli et PARENA ont ainsi perçu, selon les tableaux annuels, des montants cumulés compris entre plusieurs centaines de millions et environ deux milliards de francs CFA. L’ensemble des dix partis les plus financés concentre près de 80 % du financement public total, tandis que plus de 130 autres partis se partagent moins de 20 % des ressources disponibles.

Le rapport souligne également que des partis à faible notoriété ont bénéficié de financements publics en raison du dépôt effectif de comptes de gestion. À titre d’exemple chiffré, le parti ADCAM a perçu sur la période 2008–2023 un total de 81 364 238 francs CFA, dont 44 252 238 francs CFA au titre des subventions de l’État et 37 112 000 francs CFA de ressources propres. Ce cas illustre le caractère administratif des critères d’éligibilité au financement public, indépendamment du poids électoral réel des formations concernées.

Au-delà des montants, l’audit met en évidence des insuffisances récurrentes dans la gestion financière des partis politiques, notamment l’absence ou le retard dans le dépôt des comptes, des dépenses insuffisamment justifiées, des livres comptables non conformes et des inventaires patrimoniaux incomplets.

Ces difficultés ont été aggravées en 2025 par la suspension puis la dissolution des partis politiques, intervenue en mai, qui a limité la coopération des anciennes structures avec les équipes d’audit et restreint les possibilités de vérification matérielle des biens.

Le rapport dresse ainsi un état chiffré et documenté du financement public des partis politiques maliens sur un quart de siècle, dans un contexte institutionnel profondément modifié.

MD/Sf/APA

Source : APA

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