Ousmane Maïga, DG de l’Anaser, à propos de la circulation routière : «Le mauvais dépassement est à l’origine des accidents graves»

La circulation à Bamako semble devenue, aujourd’hui, une véritable jungle. Presque chaque jour, des vies sont fauchées sur les routes de la capitale à cause de l’indiscipline et de l’incivisme de certains conducteurs et autres chauffards. Dans cette interview, le Directeur général de l’Agence nationale de la sécurité routière (Anaser), Ousmane Maïga, explique le cas de dépassement entre usagers de la route qui est à l’origine de nombreux accidents dans la grande métropole malienne

L’Essor : C’est quoi le dépassement dans la circulation ?

Ousmane Maïga: Selon le Code de la route, le dépassement dans la circulation est l’action de passer devant un autre véhicule (ou usager) qui précède et circule dans le même sens, généralement en roulant plus vite pendant un court instant. Il s’agit d’une manœuvre réglementée nécessitant une visibilité suffisante et l’absence d’interdiction signalée.

Autrement dit, le dépassement est une manœuvre consistant à passer devant un autre usager (véhicule, piéton, cycliste) circulant dans le même sens sur la chaussée, par la gauche et à une vitesse supérieure.

L’Essor : Dans quelles conditions le  dépassement est permis ? 

Ousmane Maïga: Les règles qui permettent le dépassement sont définies par l’article 10 du Décret N°2023-0509/PT-RM du 12 septembre 2023, fixant les conditions de l’usage des voies ouvertes à la circulation publique et de la mise en circulation des véhicules. Le dépassement doit se faire par le côté gauche. Toutefois, il peut se faire aussi par le côté droit lorsque le conducteur à dépasser, ait indiqué clairement son intention de se diriger du côté gauche. Il a intentionnellement porté son véhicule ou ses animaux vers le côté gauche en vue, soit de tourner de ce côté pour emprunter une autre route soit d’entrer dans une propriété riveraine, soit de s’arrêter de ce côté. 

Avant de dépasser, tout conducteur doit, sans préjudice des dispositions de l’article 5 du présent décret, s’assurer : que le conducteur qui le suit n’a pas commencé une manœuvre pour le dépasser, ou que le conducteur qui le précède sur la même voie n’a pas manifesté son intention de dépasser un tiers. Ensuite, que la voie qu’il s’apprête à emprunter soit libre sur une distance suffisante pour que sa manœuvre ne soit pas de nature à mettre en danger ou à gêner la circulation venant en sens inverse. 

En outre, même s’il emprunte une voie à sens unique, il pourra rejoindre sa droite sans gêner les autres usagers dépassés.  Conformément aux dispositions de l’alinéa 2 du présent article, est, en particulier, interdit sur les chaussées où la circulation se fait dans les deux sens, le dépassement à l’approche du sommet d’une côte et, lorsque la visibilité est insuffisante, dans les virages, à moins qu’il n’existe à ces endroits des voies matérialisées par des marques routières longitudinales et que le dépassement s’effectue sans sortir de celles de ces voies que les marques interdisent à la circulation en sens inverse. 

Pendant qu’il dépasse, tout conducteur doit se déporter suffisamment pour ne pas heurter l’usager qu’il veut dépasser. Il ne doit pas en tout cas s’en approcher latéralement à moins d’un mètre en agglomération et d’un mètre et demi hors agglomération s’il s’agit d’un véhicule à traction animale, d’un engin à deux roues ou à trois roues, d’un piéton, d’un cavalier ou d’un animal et à moins de 0,50 m pour les autres usagers.

Sur les chaussées ayant au moins deux voies réservées à la circulation dans le sens qu’il suit, un conducteur qui serait amené à entreprendre une nouvelle manœuvre de dépassement aussitôt ou peu après avoir regagné sa place prescrite par l’article 6 alinéa1 ci-dessus peut, pour effectuer cette manœuvre, et à condition de s’assurer que cela n’apporte pas de gêne notable à des conducteurs de véhicules plus rapide survenant derrière le sien, resté sur la voie qu’il a empruntée pour le premier dépassement. 

Donc, pour effectuer un dépassement en toute sécurité, il est indispensable de vérifier la signalisation (ligne discontinue), bien apprécier la visibilité. Il faut aussi contrôler les rétroviseurs/angles morts, activer le clignotant gauche et effectuer le dépassement rapidement à gauche en respectant la distance de sécurité qui est d’un mètre (01 m) en ville et un mètre cinquante (1,5 m) hors agglomération), puis se rabattre sans gêner.

L’Essor : Quelles peuvent être les conséquences de cet acte ? 

Ousmane Maïga: À l’instar des autres manœuvres de la circulation routière, un dépassement mal effectué, peut être à l’origine d’un accident. Les conséquences d’un mauvais dépassement sont, entre autres,  des accidents graves, voire mortels, des dégâts matériels importants aux engins impliqués, ainsi que des dommages à la chaussée, etc.

L’Essor : Quelles sont les statistiques sur les accidents causés par le mauvais dépassement ? 

Ousmane Maïga: Selon les statistiques d’accidents de la route de 2024 causés par le mauvais dépassement, il y a eu 620 cas d’accidents, ayant entraîné 565 blessés légers, 164 blessés graves et malheureusement 43 tués.

L’Essor : Y a-t-il des sanctions contre ceux qui ne respectent pas les conditions de dépassement ? 

Ousmane Maïga: Est considérée comme une infraction, lorsque le dépassement ne respecte pas les règles définies par les articles 10 et 15 du Décret N°2023-0509/PT-RM du 12 septembre 2023, fixant les conditions de l’usage des voies ouvertes à la circulation publique et de la mise en circulation des véhicules. L’article 120 du Décret cité ci-dessus punit d’une amende de 15.000 Fcfa, toute personne ayant contrevenu aux dispositions concernant les croisements et dépassements.  Dans l’arrêté interministériel n°2024-2477/MTI-MJDH-MSPC-MEF-SG du 25 juillet 2024 fixant le montant des amendes forfaitaires en matière de circulation routière, le dépassement est une contravention de 2è classe. Est punit entre 6.000 et 6.500 Fcfa, tout dépassement à droite lorsqu’il est interdit, le  refus de serrer à droite lors d’un dépassement, le dépassement entrepris sur la partie gauche d’une chaussée sans voie matérialisée. Sont concernés également  le dépassement dans les virages, au sommet d’une côte et d’une manière générale lorsque la visibilité vers l’avant n’est pas suffisante. à ceux ci s’ajoutent le dépassement entrepris à une traversée de voies ferrées non gardées, le dépassement entrepris à une intersection de route par un conducteur circulant sur une section de route qui ne s’attache pas une priorité, le retour à droite prématuré après un dépassement, ou l’accélération de son allure par un conducteur sur le point d’être dépassé.

L’Essor : Quels conseils avez-vous à donner aux usagers de la route ? 

Ousmane Maïga: Je lance un appel à l’ensemble des usagers de la route au respect du nouveau Code de la route, qui est la Loi n°2023-045 du 31 août 2023, dont le projet a été présenté par le ministre des Transports et des Infrastructures, Mme Dembélé Madina Sissoko et adopté, le 15 août 2023 à l’unanimité par les membres du Conseil national de Transition (CNT). 

Interview réalisée par

N’Famoro KEITA

Source : L’Essor

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