Quand le monde s’animalise : La loi du plus fort comme nouvel ordre international

Le monde contemporain donne de plus en plus l’impression de régresser vers un état primitif, brutal, où la force supplante le droit, et où la morale internationale cède sous le poids des intérêts stratégiques.

La scène mondiale ressemble désormais à une jungle : les puissants imposent leur loi, les faibles subissent, et les institutions censées réguler les rapports entre États peinent à se faire entendre.

De Washington à Moscou, de Tel-Aviv à Téhéran, en passant par plusieurs capitales africaines, le même schéma se répète : la domination par la contrainte, l’intimidation politique, économique ou militaire, et l’impunité érigée en méthode de gouvernance.

Aux Amériques, l’exemple des pressions exercées par les Etats-Unis sur le Venezuela illustre cette logique de bras de fer permanent. Sanctions économiques, menaces diplomatiques, isolement politique : la puissance prime sur le dialogue. La souveraineté devient relative dès lors qu’elle contrarie les intérêts d’un État plus fort.

En Europe et en Asie, le conflit entre la Russie et l’Ukraine révèle une autre facette de cette animalisation du monde : l’usage direct de la force armée pour redessiner des équilibres géopolitiques. Le droit international, pourtant brandi dans les discours officiels, se révèle impuissant face aux logiques de puissance.

Au Moyen-Orient, les tensions entre Israël et l’Iran s’inscrivent dans la même dynamique. Menaces, frappes indirectes, démonstrations de force : la dissuasion remplace la diplomatie, et la peur devient un instrument de gouvernance régionale.

L’Afrique, la sous-région ouest africaine ne sont pas en marge

L’Afrique, et particulièrement la sous-région ouest-africaine, n’échappe pas à cette transformation inquiétante. L’on constate que la loi du plus fort ne s’exerce pas seulement entre Etats, mais aussi entre gouvernants et gouvernés. Arrestations arbitraires, restrictions des libertés, décisions unilatérales prises sans consultation populaire : l’autorité s’impose, souvent sans contre-pouvoir réel.

Dans plusieurs pays, l’Etat, censé protéger le citoyen, devient lui-même une source de peur. La force publique n’est plus toujours au service du droit, mais parfois au service d’intérêts politiques étroits. L’impunité, encore une fois, sert de bouclier aux plus puissants.

Cette animalisation du monde ne s’arrête pas aux frontières diplomatiques. Elle se prolonge à l’intérieur même des sociétés. De la même manière que les Etats forts écrasent les Etats faibles, certains gouvernants écrasent leurs propres citoyens. La violence institutionnelle, économique et sociale devient le quotidien des populations les plus vulnérables.

Hausse du coût de la vie imposée sans concertation, répression des voix dissidentes, mépris des souffrances populaires : le citoyen devient la victime silencieuse d’un ordre mondial et national fondé sur la domination plutôt que sur la justice.

Le monde se métamorphose, et cette transformation inquiète. La civilisation, fondée sur le droit, le dialogue et le respect mutuel, semble reculer au profit d’un rapport de force permanent. La jungle n’est plus une métaphore : elle devient un mode de fonctionnement.

Face à cette dérive, une question s’impose : jusqu’où ira cette animalisation du monde ? Et surtout, combien de temps les peuples accepteront-ils de vivre sous la loi du plus fort, qu’elle soit étrangère ou nationale ? Ne dit-on pas que l’arrogance précède la fin ?

Car dans une jungle, il n’y a ni paix durable, ni sécurité pour tous. Seulement des vainqueurs provisoires et des victimes permanentes.

Billal Diall

Source : Arc en Ciel

Laisser un commentaire