La question des prix des produits de première nécessité demeure au cœur des préoccupations des ménages pendant le jeûne. Le gouvernement assure que les stocks sont suffisants pour éviter une pénurie et une flambée des étiquettes
Lors d’une récente visite dans les usines Sukala et N’Sukala dans la Région de Ségou, le ministre Moussa Alassane Diallo a indiqué que ces deux unités produiront 120.000 tonnes de sucre au cours de la campagne 2026, soit environ 34 % des besoins nationaux annuels estimés à 350.000 tonnes.
Pour le mois de Ramadan, 25.000 tonnes de sucre ont déjà été réquisitionnées afin d’assurer l’approvisionnement du marché. Une annonce accueillie favorablement par la population, d’autant plus que le sucre figure parmi les produits les plus consommés pendant le Ramadan. Mais, certains commerçants émettent des réserves. Abdramane Ongoïba, grossiste, souligne que la majorité des consommateurs privilégient le sucre importé, notamment celui en provenance du Brésil, vendu actuellement autour de 23.500 Fcfa le sac de 50kg. « Beaucoup de clients n’acceptent que le sucre importé. Même si le prix augmente, ils continuent d’acheter », explique-t-il. Dans cette dynamique, Amadou Niaré, détaillant à Sébénikoro, affirme s’être approvisionné depuis un mois. « J’ai acheté mes sacs à 23.000 Fcfa pour éviter la hausse des prix pendant le Ramadan », dit-il. Il vend actuellement le kilogramme à 600 Fcfa. Au-delà du sucre, d’autres produits essentiels tels que le riz, le mil, le maïs, la farine, l’huile et le lait occupent une place importante dans la consommation des ménages durant cette période.
REVOIR LEURS TARIFS- Bekaye Koné, grossiste au marché de Banankabougou depuis 13 ans, s’approvisionne dans le Cercle de Kolondièba. Il achète actuellement le mil à 135.000 Francs CFA la tonne, le maïs à 150.000 Francs CFA et le fonio à 550.000 Francs CFA. Selon lui, les prix connaissent une légère hausse à l’approche du Ramadan, en raison de la forte demande. « Ces derniers jours, les prix ont augmenté de 5.000 à 10.000 Fcfa sur certaines marchandises», explique-t-il. Il reconnaît toutefois que les produits restent disponibles en quantité suffisante pour couvrir le mois. La principale difficulté demeure le transport.
«Le coût du transport est passé de 1.500 Fcfa à 2.500 Fcfa par sac à cause de la crise du carburant », déplore-t-il, tout en invitant les transporteurs à revoir leurs tarifs à la baisse, compte tenu de la disponibilité actuelle du carburant. Sur le même marché, Alhamdou Peliaba indique que le sac de riz de 50 kg est vendu à 21.000 Fcfa, soit 500 F le kilo. Le sac de mil de 50 kg est cédé à 13.000, soit 300 Fcfa le kilo, tandis que le maïs se vend à 9.000 le sac, soit 250 le kilo. Notre commerçant, qui affirme ne pas constituer de stocks importants, s’approvisionne selon la dynamique du marché. Quand les produits finissent, il renouvelle ses stocks. Malgré les difficultés liées au marché, il assure que les produits de première nécessité ne connaîtront ni pénurie, ni flambée des prix.
à quelques encablures de là, Ali Yalcouyé, détaillant de farine, de lait et d’huile, évoque des difficultés d’approvisionnement. « Les produits restent longtemps bloqués à la douane avant d’être distribués aux grossistes, ce qui retarde notre ravitaillement », croit savoir ce commerçant. Il dit craindre une rupture ponctuelle et une hausse des prix si cette lourdeur administrative persiste.
AGENTS DE CONTRÔLE MOBILISÉS- Mory Konaté, demi-grossiste au marché de Wolofobougou, s’approvisionne en huile en provenance de la Mauritanie et de l’Algérie. Il souligne l’instabilité des prix, qui varient entre 17.500 Fcfa et plus selon les circuits d’importation. Toutefois, il estime qu’une flambée importante des prix n’est pas dans l’intérêt des commerçants. Au risque de laisser place à la mévente. « Il peut y avoir une hausse de 500 à 1.000 Fcfa, mais pas plus. Au-delà, les clients n’achèteront pas», affirme-t-il, appelant les autorités à renforcer le contrôle des prix sur les marchés.
Concernant la farine, les prix oscillent actuellement entre 22.250 et 23.500 Fcfa le sac de 50 kg. Un grossiste rencontré au marché fait remarquer que le Mali dispose aujourd’hui de plusieurs unités de production locales, notamment Grand Moulin, M3, Anbaway, Mansa, Moulin du Sahel et Danaya. « Aucune farine n’est importée depuis plusieurs années », précise-t-il, écartant tout risque de pénurie durant le Ramadan.
Malgré les assurances des autorités et la relative confiance des commerçants, les consommateurs restent prudents. Oumar Traoré, chef de famille, salue les efforts du gouvernement, mais appelle à une plus grande rigueur dans le contrôle des prix. «Les commerçants ne vendent pas aux mêmes prix. Il faut une solution pour harmoniser les fourchettes de prix», préconise-t-il. Bréhima Dembélé confirme avoir acheté récemment un sac de sucre à 25.000 Fcfa dans son quartier. « Ce n’est pas juste d’augmenter les prix pendant une période de fortes dépenses », regrette-t-il. Même son de cloche chez Aminata Coulibaly, qui exhorte grossistes et détaillants à ne pas se lancer dans une spirale inflationniste pendant le Ramadan. Entre engagements officiels, réalités du marché et inquiétudes des ménages, la question des prix des produits de première nécessité demeure au cœur des préoccupations à l’approche du mois de Ramadan.
Pas plus tard que le lundi dernier, le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga, a visité deux entrepôts pour s’imprégner de l’état d’approvisionnent des populations en produits de première nécessité. En marge de cette visite, la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC) a indiqué que les stocks disponibles auprès des grossistes à la date du 14 février 2026, sont estimés à 94.641tonnes de riz, 50.152 tonnes de sucre, 7.984 tonnes de farine de blé, 4.877 tonnes d’huile et 3.773 tonnes de lait en poudre. Cela n’inclut pas les stocks dans les réseaux de distribution.
DEMBÉLÉ Siguéta Salimata
Source : L’Essor
