Tribune : La Caf semble avoir oublié l’essentiel : la passion

Je devais publier cette semaine ma contribution sur le football malien comme levier de développement durable. Il y a quelques mois, j’avais volontairement provoqué en suggérant même que le Mali se retire de la Caf, non pas comme objectif réel, mais pour éveiller les consciences.

Mon ambition était simple : pousser à réfléchir à un véritable écosystème national du football, économiquement viable, construit à partir de nos propres infrastructures. À l’époque, j’estimais que notre gouvernance sportive n’était pas encore prête pour porter une telle vision. Aujourd’hui, des signaux d’évolution apparaissent. Espérons que le renouvellement en cours fera émerger les compétences nécessaires.

Mais l’actualité m’oblige à différer cette contribution. Car ce qui se passe à la Caf mérite qu’on s’y arrête.

La Caf a voulu répondre à une question simple : Que faire pour qu’une équipe ne quitte plus jamais le terrain en plein match ?

Sa réponse : appliquer strictement le règlement.

Résultat : Sénégal forfait, Maroc déclaré vainqueur sur décision administrative.

Sur le plan juridique, difficile de contester. Les règles sont claires: une équipe qui quitte le terrain sans l’accord de l’arbitre perd le match.

Et je suis, depuis toujours, un défenseur obstiné du respect des règles. Car ce sont elles qui garantissent la sécurité, la confiance et la stabilité, dans le sport comme dans la société.

Mais ici, une question fondamentale se pose…

Peut-on effacer la passion par une décision juridique ?

Peut-on vraiment effacer :

ce génial scénario de finale digne d’un film ?

l’image de Sadio Mané soulevant la coupe ?

la joie immense du peuple sénégalais ?

la douleur des supporters marocains ?

les débats passionnés qui ont suivi ?

La réponse est non.

Car la véritable richesse du football, ce ne sont pas seulement les règlements : c’est la passion, les émotions, les histoires humaines.

Comment sortir de cette situation ubuesque ? Deux voies me paraient possibles.

Le Sénégal aurait saisi le Tas. Le match étant allé à son terme avec l’accord de l’arbitre, le résultat pourrait être maintenu. Mais des sanctions tomberaient : suspension de l’arbitre pour avoir permis la reprise du match et sanction du Sénégal pour abandon temporaire du terrain. Cette voie va prendre du temps et malheureusement elle perturberait la préparation de la coupe du monde.

Ou la voie de la sagesse, celle que je privilégie. Le Maroc reconnaît la décision de la Caf, mais accepte le verdict du terrain. Le Sénégal reste champion, mais est sanctionné : le droit est respecté, le football est préservé, et surtout, on évite d’effacer l’histoire.

Après cet épisode, plus aucune équipe ne quittera le terrain sous le coup de la colère. Plus aucun arbitre n’osera reprendre un match abandonné.

On pourra enfin tourner cette page absurde… et se concentrer sur l’essentiel : l’avenir, notamment la Coupe du monde, où le Sénégal et le Maroc sont incontestablement les meilleurs représentants de l’Afrique.

Je termine avec une pensée pour l’arbitre congolais, Jean-Jacques Ndala Ngamba.

Quel moment de solitude il a vécu… Seul au centre du terrain, sous les regards du monde entier, tentant de garder son calme au milieu du chaos, avec un sourire figé. Imaginez le tsunami d’émotions qui le traversait pendant l’absence du Sénégal du terrain.

On oublie souvent que derrière les décisions, il y a aussi des hommes. Et des émotions. Seul Dieu est parfait.

Que la sagesse l’emporte !!!

An bè sambè !!! Bonne fête de ramadan ! Que de la paix dans nos cœurs.

Alioune Ifra Ndiaye

Source: Mali Tribune

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