À chaque carrefour de la capitale malienne, de jeunes hommes, parfois à peine sortis de l’adolescence, sillonnent les artères poussiéreuses avec de petits sacs remplis de flacons colorés.
Sous le soleil accablant ou dans les embouteillages, les vendeurs ambulants de parfum interpellent passants et automobilistes. Entre débrouillardise, incertitudes économiques et risques sanitaires, cette activité s’est imposée comme l’un des visages visibles de l’économie informelle urbaine.
Sur les grands axes et aux abords des marchés, ces commerçants proposent des senteurs variées à des prix accessibles. Les parfums sont conditionnés dans de petits flacons faciles à transporter, souvent vendus à partir de 500 F CFA.
Moussa, vendeur ambulant depuis trois ans, confie : « Je vends les parfums depuis longtemps. Ce n’est pas facile, mais c’est mon seul travail. Parfois je peux gagner un peu d’argent, parfois rien».
Comme lui, de nombreux jeunes se tournent vers le commerce ambulant faute d’opportunités d’emploi formel. Chaque jour, ils parcourent plusieurs kilomètres à pied dans l’espoir de multiplier les contacts et d’augmenter leurs ventes.
Adama, un autre vendeur, met en avant l’argument principal de ce micro-commerce : « Les gens achètent parce que ce n’est pas cher. Même avec 500 francs, on peut avoir un parfum ».
Selon lui, certains clients satisfaits conservent son numéro pour d’éventuelles commandes, signe d’une tentative de fidélisation dans un marché hautement concurrentiel.
Derrière cette activité apparemment simple se cachent des conditions de travail difficiles. Les vendeurs passent la journée dehors, exposés à la chaleur, à la poussière et aux aléas de la circulation.
Ibrahim témoigne : « On marche beaucoup et il fait chaud. Parfois on rentre à la maison sans avoir vendu». Malgré ces incertitudes, il poursuit son activité pour subvenir aux besoins de sa famille. Pour beaucoup, ce commerce représente une bouée de sauvetage économique dans un contexte marqué par le chômage des jeunes et la fragilité des revenus.
Du côté des clients, les avis sont partagés. Fatoumata, rencontrée au bord d’une route, apprécie la proximité du service : « C’est pratique parce qu’on n’a pas besoin d’aller au marché pour acheter un parfum ». D’autres consommateurs expriment toutefois des réserves sur la tenue et la qualité des produits. Mamadou, passant, nuance : « Parfois les parfums ne durent pas longtemps, mais les prix sont bons ».
La question de la traçabilité et de la composition des produits reste posée, dans un secteur largement informel où le contrôle de qualité demeure limité.
Selon le dermatologue Balla Traoré, certains parfums vendus dans la rue peuvent provoquer des effets indésirables, notamment lorsqu’ils sont de qualité incertaine ou mal conservés.
Le spécialiste explique que ces produits peuvent aggraver la dermatite atopique, une affection cutanée d’origine allergique. Ils peuvent également accentuer certaines pathologies respiratoires comme l’asthme ou la sinusite chez les personnes sensibles.
Parmi les effets secondaires possibles figurent : maux de tête ; rougeurs oculaires et larmoiements ; vertiges et nausées ; toux et irritations de la gorge.
Le dermatologue recommande aux consommateurs de rester vigilants, de tester prudemment les produits et d’éviter toute fragrance provoquant une réaction inhabituelle.
La vente ambulante de parfum s’est intégrée au paysage quotidien de Bamako. Elle illustre à la fois la vitalité de l’économie informelle et la précarité qui pousse de nombreux jeunes vers des activités de survie.
Au-delà du simple commerce, ces petits flacons transportés de carrefour en carrefour racontent une réalité sociale : celle d’une jeunesse en quête d’opportunités, contrainte d’innover pour subsister.
Pour beaucoup de ces vendeurs, il ne s’agit pas d’un choix de carrière, mais d’un impératif économique. Dans l’attente d’emplois plus stables et structurés, ils continuent d’arpenter les rues de la capitale avec l’espoir qu’une bonne journée de ventes permettra de soutenir leurs familles.
Souaré Coulibaly
Stagiaire
Source : Mali Tribune
