66è anniversaire du Mali-Assimi s’adresse à la nation : «Le Mali reste disponible pour accueillir tous ses enfants…».

Ce n’est plus le discours de rupture de 2020. Ce n’est plus celui de la résistance de 2022.

Le discours à la Nation que le Général d’Armée Assimi Goïta a livré au peuple, à l’occasion de 66è anniversaire de notre indépendance, est celui de la consolidation et de la maturité. Retour sur les grandes lignes du discours présidentiel.

Bref, concis, abrégeant à tout va et à tour de bras, le Président de la Transition en avait trop à dire pour s’adresser ainsi, en un discours marathon, à la nation et dresser le bilan de l’an 5 de la Rectification. Non pas en chef de guerre, mais en chef d’État mâture et responsable qui installe sa vision dans le temps long : le Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma.

Le choix du mot n’est pas anodin. Goïta ouvre en parlant de « devoir de redevabilité ». Il a annoncé que c’est la toute première fois que les membres du Gouvernement ont été soumis aux séances du grand oral de restitution devant les forces vives. Le message est clair : la phase de légitimation par les textes et l’exercice de la souveraineté est passée. On entre dans la phase de compagnons, il célèbre l’an 5 de la Rectification surtout : la dynamique du Mali Kura. L’histoire de l’indépendance et celle de la Transition se rejoignent et se confondent désormais pour remettre le pays sur les rails et notre économie souveraine et intégrée. C’est une manière habile de répondre aux critiques sur la durée de la Transition : elle ne s’éternise pas, elle se rectifie et rend des comptes.

Le sécuritaire : la professionnalisation comme argument politique

Sur la sécurité, le ton a changé. Plus de formule choc. Goïta détaille une doctrine en trois piliers : proactivité militaire, réformes institutionnelles, coopération avec partenaires stratégiques régionaux et internationaux. La phrase clé : «Aujourd’hui, les FAMa montrent une nouvelle image : celle d’une armée professionnelle, disposant de matériels modernes, moralement forte et socialement valorisée». En insistant sur «conditions de vie et de travail», «formation» et «infrastructures», il ne parle plus seulement aux Maliens, il parle aux militaires eux-mêmes. C’est un discours de fidélisation interne. Il rend hommage aux tombés, aux blessés, mais surtout il annonce que la lutte «va se renforcer davantage».

L’allusion à l’AES est mesurée : «collaboration de confiance de plus en plus renforcée avec les armées des autres pays de l’AES». L’AES n’est plus présentée comme une alliance de rupture, mais comme un outil opérationnel qui «poursuit sa marche résolue malgré les embûches». Le mot «embûches» remplace «ambitions» et sonne comme un aveu de réalisme politique, signe de maturité.

L’économie : la fin de la rente, le début de l’investissement

C’est la partie la plus dense et la plus nouvelle du discours. Goïta donne des chiffres : croissance 5,6% en 2025, 6,3% projetée en 2026. Deux chiffres qui, s’ils se confirment, placent le Mali au-dessus de la moyenne UEMOA. Le cœur de l’argument : «Le Mali passe de la logique des rentes minières à celle de l’investissement minier». Il annonce les premières retombées concrètes : 18,435 milliards pour le Fonds de développement local et 109,142 milliards pour les infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport. Pour la première fois, le discours officiel chiffre la réforme minière. C’est une réponse directe à la grogne sur le carburant, l’électricité et l’eau. Goïta lie ces fonds aux améliorations de la desserte : «Tout en stabilisant l’approvisionnement en carburant, le Gouvernement a sensiblement amélioré la desserte en électricité et en eau potable».

Le discours économique est celui d’un État qui se veut redistributeur : «croissance partagée», «réduction des inégalités», «stabilisation des prix des denrées de première nécessité». Il salue le «sens patriotique» des opérateurs économiques, un clin d’œil aux commerçants qui ont joué le jeu pendant la crise.

En décrétant 2026-2027 «Année de l’éducation et de la culture», Goïta fait un choix stratégique. Il ne décrète pas l’année de la sécurité ou de l’agriculture. Il veut «un peuple bien formé, ancré dans ses valeurs culturelles». C’est la traduction du Mali Kura en politique publique. Les références aux «grandes rencontres sportives et culturelles» et aux «succès académiques» visent à montrer que le projet n’est plus une idée, il «se construit progressivement et sûrement». La jeunesse est désignée comme celle qui «cristallise notre espérance». C’est aussi une manière de préparer l’après-Transition : former le citoyen qui fera vivre la refondation.

 

Le politique : la paix comme offre de sortie

Le dernier tiers est consacré à la réconciliation. Goïta rappelle la Charte pour la paix et la réconciliation nationale et la création de l’Observatoire le 2 mars 2026. La phrase la plus politique : «Le Mali reste disponible pour accueillir tous ses enfants qui veulent participer à la construction nationale». C’est une main tendue, sans condition préalable affichée, mais encadrée par la Charte. Il s’adresse aussi à la diaspora : «non comme observateurs, mais comme bâtisseurs». Dans un contexte où beaucoup de cadres maliens hésitent à revenir, le message est explicite. Il conclut sur sa formule la plus souverainiste : «L’un des plus grands biens dont nous disposons aujourd’hui, c’est de décider et d’agir par nous-mêmes, et nous devrions préserver cela à tout prix».

Ce discours du 21 septembre 2026 n’est donc pas passé inaperçu ni n’a été considéré comme un discours de plus parmi les discours de rupture entendu ailleurs. C’est éminemment un discours de seuil. Il marque le passage d’une Transition qui se défendait bec et ongles à une Transition qui s’affirme et se projette vers un horizon maîtrisé malgré la contrainte extérieure et les remous géopolitiques à visées néo colonialistes qui nous environnent. Goïta ne perd pas de vue le cap à maintenir. Il promet plus de souveraineté et il en montre les dividendes : une armée mieux équipée, une croissance à 6,3%, des fonds miniers qui financent des routes et de l’électricité, une vision à 2063.

KML

Source : L’Aube

Laisser un commentaire