Affaire d’incendie criminel et d’assassinat a Lafiabougou : Mohamed Haïdara dit « Nimaga » condamné à mort, son complice écope de 7 ans de réclusion

Accusés d’incendie volontaire, d’assassinat, d’empoisonnement et d’évasion, Mohamed Haïdara dit « Nimaga » et Bakary Bourama Sangaré ont comparu devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako.

 

Au terme de plusieurs heures de débats, la juridiction a condamné l’accusé principal à la peine de mort et son complice à 7 ans de réclusion criminelle. Une affaire qui avait profondément choqué l’opinion publique malienne après la mort tragique du caporal Aïché Barry en 2022 à Lafiabougou.

Les accusés Mohamed Haïdara dit « Nimaga » et Bakary Bourama Sangaré étaient à la barre de la chambre criminelle pour connaître leur sort dans l’affaire d’incendie volontaire, d’assassinat, d’empoisonnement et de délit d’évasion.

Le drame remonte à 2022 à Lafiabougou. La victime, le caporal Aïché Barry de la garde nationale a trouvé la mort dans des circonstances particulièrement troublantes. L’audience s’est tenue le mardi 19 mai 2026. Reconnus coupables des faits qui leur étaient reprochés, Mohamed Haïdara a écopé de la peine de mort, tandis que son complice, Bakary Bourama Sangaré, a été condamné à sept ans de réclusion criminelle.

La mort du caporal Aïché Barry a suscité une vive émotion au sein de la société malienne. Selon les faits rappelés à l’audience, Mohamed Haïdara dit « Nimaga » entretenait une relation amoureuse avec la victime et le couple vivait en concubinage dans un appartement situé à Lafiabougou. Dans la nuit du dimanche 9 au lundi 10 mai 2022, aux environs de 4 h du matin, Mohamed Haïdara aurait frappé à la porte de Drissa Ongoïba, colocataire de la victime, pour lui demander de couper l’alimentation électrique de la concession. Selon lui, un court-circuit provoqué par une multiprise dans leur chambre était à l’origine d’un début d’incendie. Le voisin s’exécuta immédiatement. Mais en cherchant à comprendre ce qui se passait, il ouvrit la porte de la chambre d’Aïché Barry et aperçut un important brasier s’échapper de l’intérieur. Il alerta aussitôt les voisins en criant au feu, pendant que Mohamed Haïdara, muni d’un seau d’eau, faisait semblant d’essayer d’éteindre les flammes.

Ne pouvant maîtriser seul l’incendie, Drissa Ongoïba se rendit au commissariat du 5e arrondissement afin d’alerter les forces de sécurité et de solliciter l’intervention de la protection civile. Après avoir maîtrisé le feu, les secours découvrirent le corps sans vie et calciné du caporal Aïché Barry. Au regard des premiers éléments relevés sur la scène du crime, Mohamed Haïdara fut interpellé par les éléments du commissariat du 5e arrondissement de Lafiabougou puis placé en garde à vue. En raison de la qualité de la victime et sur instruction de la hiérarchie militaire, le dossier fut ensuite transféré à la Brigade territoriale de Bamako-Coura. Au cours de son interrogatoire, Mohamed Haïdara accusa un certain Mohamed Modibo Haïdara dit « Mamé » d’avoir remis une boisson empoisonnée à la défunte. Mais un autre rebondissement allait marquer cette affaire.

Dans la nuit du dimanche 15 au lundi 16 mai 2022, entre 2 h et 6 h du matin, les éléments de garde de la Brigade territoriale de Bamako-Coura annoncèrent l’évasion de Mohamed Haïdara. Arrivé sur place, l’adjoint du commandant constata que la salle de garde à vue des hommes était vide, bien que fermée avec deux barres de fer, un crochet et un cadenas. Celui placé en bas avait été volontairement retiré avant d’être repositionné sur la porte de la cellule réservée aux femmes.

Interrogés, les agents de garde évoquèrent une évasion mystérieuse, sans aucune trace d’effraction ni déformation apparente des dispositifs de sécurité. Après plusieurs jours de cavale, Mohamed Haïdara fut finalement arrêté grâce à la dénonciation d’Aminata Doumbia, puis remis aux autorités judiciaires. Selon cette dernière, l’accusé lui aurait confié avoir bénéficié de l’aide de Mohamed Mory Haïdara dit Maurice, Bakary Bourama Sangaré et Ousmane Diarra pour s’évader de la Brigade territoriale de Bamako-Coura.

A la suite de ces révélations, Mohamed Haïdara dit Nimaga, Mohamed Modibo Haïdara dit Mamé, Mohamed Mory Haïdara dit Maurice, Bakary Bourama Sangaré et Ousmane Diarra furent poursuivis pour incendie volontaire, assassinat, empoisonnement, complicité, coups et blessures volontaires, évasion et complicité d’évasion.

Tout au long de la procédure, les accusés ont nié les faits qui leur étaient reprochés, chacun avançant sa propre version des événements. A la barre, Mohamed Haïdara, présenté comme l’auteur principal, a soutenu que la victime était décédée après avoir consommé une boisson prétendument empoisonnée et que l’incendie résultait d’un simple court-circuit. Cependant, le rapport de la police technique et scientifique versé au dossier contredit cette thèse. Les experts ont relevé plusieurs fractures et blessures sur différentes parties du corps de la victime. Pour l’accusation, ces éléments démontrent qu’Aïché Barry était déjà morte avant le déclenchement de l’incendie.

Le ministère public s’est également interrogé sur le comportement de l’accusé au moment des faits. Selon le parquet, Mohamed Haïdara aurait davantage cherché à mettre en scène un incendie qu’à secourir la victime. La salle d’audience Boubacar Sidibé de la Cour d’appel de Bamako était, ce jour-là, prise d’assaut par les membres de la Fédération malienne des personnes de petite taille. Ils étaient venus soutenir Mme Diarra Kadiatou Barry, tante de la victime, et dénoncer les violences faites aux femmes.

A la barre, Mohamed Haïdara a catégoriquement réfuté les accusations portées contre lui. Il a d’abord tenté de se montrer souffrant, refusant de parler à haute voix malgré plusieurs interpellations des membres de la Cour. « Pourquoi n’avez-vous pas cherché à sauver votre femme avant toute autre chose ? », lui a demandé un avocat.

L’accusé a répondu : « J’étais au salon et elle était à l’intérieur. Le court-circuit a commencé dans le salon. Je suis sorti directement pour aviser mon voisin Ongoïba afin qu’il débranche le compteur. Entre-temps, le feu a pris de l’ampleur ».

La défense s’est alors interrogée sur la rapidité de propagation des flammes. « On ne peut pas comprendre qu’un court-circuit prenne une telle ampleur aussi rapidement », a souligné un avocat. « Qu’avez-vous fait ensuite ? », a demandé le procureur. « Je voulais rentrer, mais les gens m’en ont empêché », a répondu Mohamed Haïdara. Invité à dire si l’incendie avait causé la mort d’Aïché Barry, il est resté silencieux avant de déclarer : « C’est un fait de Dieu ». Bakary Bourama Sangaré, pour sa part, a nié toute implication dans l’évasion de Mohamed Haïdara, alors même qu’il occupait le poste de chef de garde au moment des faits. « Je lui ai même remis de l’argent le jour de mon évasion et après aussi », a pourtant répliqué Mohamed Haïdara devant la Cour. Un membre de la chambre lui demanda alors : « A qui incombe la responsabilité en cas d’évasion d’un détenu ? »  « C’est le chef de poste », a répondu Bakary Bourama Sangaré. « Donc c’est vous le responsable ? », a insisté le président. L’accusé est resté silencieux avant d’expliquer : « Je n’en sais rien parce que je n’ai rien vu. Après le constat, j’ai fait le rapport. Ce que raconte Mohamed Haïdara est faux. Je n’ai rien à voir avec cette affaire ». Drissa Ongoïba, le voisin qui avait coupé le compteur, a déclaré qu’après avoir exécuté cette demande, il avait vu Mohamed Haïdara s’asseoir calmement sans chercher à porter secours à sa compagne prisonnière des flammes. Interrogé sur d’éventuels cris de la victime, il a répondu ne rien avoir entendu. L’ex-épouse de Mohamed Haïdara a également témoigné à la barre. Elle a décrit un homme « violent » et « toujours mêlé à des affaires louches ». « Il a déjà été emprisonné. Il a aussi volé mes biens. Il m’agressait constamment, c’est pourquoi j’ai demandé le divorce », a-t-elle affirmé. La défense de la partie civile a demandé une condamnation conforme à la gravité des faits.

Dans son réquisitoire, le procureur a rappelé que l’accusé avait d’abord tenté de faire croire à un empoisonnement avant de chercher, selon lui, à brouiller les pistes par un incendie volontaire. « Il a tenté de noyer l’affaire dans un incendie qu’il a lui-même provoqué après avoir fini avec la victime. C’est un scénario imaginé pour faire croire que la mort d’Aïché Barry était un fait de Dieu. C’est un assassin », a déclaré le représentant du ministère public. Le parquet a également révélé qu’après son évasion, Mohamed Haïdara avait séjourné en Mauritanie, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso avant de revenir au Mali.

« Il pensait que l’affaire était close, raison pour laquelle il est revenu au pays avec l’esprit tranquille », a soutenu le ministère public. Après plus de cinq heures de débats, la chambre criminelle a reconnu Mohamed Haïdara dit Nimaga et Bakary Bourama Sangaré coupables des faits qui leur étaient reprochés. Mohamed Haïdara a été condamné à la peine de mort, tandis que Bakary Bourama Sangaré a écopé de sept ans de réclusion criminelle.

A l’issue du verdict, l’émotion était visible sur les visages des proches de la victime. Selon plusieurs membres de la famille, « la justice a enfin fait son travail » et « l’âme d’Aïché Barry peut désormais reposer en paix ».

Marie Dembélé

Source : Aujourd’hui-Mali

Laisser un commentaire