À San, les coupures d’électricité répétées ne sont plus de simples désagréments : elles constituent désormais un véritable frein au développement local. Professionnels, entrepreneurs, agents publics et commerçantes témoignent d’une situation devenue intenable, appelant les autorités à des solutions urgentes et durables.
Irénée Diarra, directeur d’une radio locale, décrit un quotidien bouleversé. « Le programme de fourniture du courant, limité de 19h à 6h, nous oblige à rester inactifs toute la journée. Nous avons dû modifier nos grilles et suspendre certaines émissions », explique-t-elle. Privés de leurs programmes habituels, les auditeurs subissent eux aussi les conséquences. Un kit solaire offert par un partenaire permet de limiter les dégâts, mais la majorité des structures restent paralysées.
Pour Abdoulaye Baba Traoré, entrepreneur en mécanique, l’impact est direct.
« L’électricité est à la base de notre travail. Sans elle, impossible d’atteindre notre capacité de production. » Contraint d’utiliser un groupe électrogène, il déplore la flambée du prix du diesel : 975 FCFA le litre, avec une consommation quotidienne pouvant atteindre 20 litres. Résultat : charges alourdies et réduction du personnel, passé de dix à cinq employés. Il appelle l’État à soutenir les entrepreneurs, « moteur essentiel du développement ».
Mamadou Kamissoko souligne les effets sur les services publics et le secteur sanitaire.
« Nous n’arrivons pas à travailler correctement dans la journée. Les agents de santé sont eux aussi affectés. » Il propose l’équipement des structures publiques en panneaux solaires pour réduire la dépendance aux carburants et améliorer les conditions de travail.
Selon Zoumana Koné, géographe environnementaliste, le délestage frappe toutes les couches sociales mais affecte davantage le secteur informel.
« Les tailleurs, soudeurs, vendeurs ambulants… tous ceux qui vivent au jour le jour n’arrivent plus à exercer correctement leurs activités. » Il rappelle que près de 80 % de la population malienne évolue dans ce secteur, ce qui rend la crise encore plus préoccupante. Il plaide pour un recours accru aux énergies renouvelables.
Mme Koné Assétou Diarra, vendeuse de glace, illustre les difficultés quotidiennes.
« Nous sommes obligées d’attendre la nuit pour travailler, sans même être sûres que le courant viendra. L’électricité part très vite et la glace fond avant la prochaine fourniture. »
Elle demande une meilleure organisation de la distribution, avec une rotation entre quartiers pour permettre à chacun de travailler.
Sanmouhan Nadège Diarra
(De retour de San)
(Stagiaire)
Source : Mali Tribune
