Edito : Rabat, plus crédible qu’Alger ?

La reconnaissance par le Mali de la souveraineté marocaine sur le Sahara, officialisée le 10 avril 2026 à Bamako, marque incontestablement un réalignement géopolitique majeur. Cette décision, quasiment inattendue par de nombreux  analystes politiques  va certainement renforcer davantage  les liens bilatéraux  avec le Maroc  pour, en même temps,  affaiblir  le  Front Polisario et son allié algérien. Elle  place  également  Bamako dans une nouvelle dynamique de partenariat économique et sécuritaire avec Rabat.  Dont le ministre des Affaires étrangères a opportunément profité pour annoncer  une augmentation   de  boursiers maliens (jusqu’à 300) devant étudier dans son pays.  Mais l’offre marocaine et sa contrepartie malienne (la reconnaissance de la marocanité du Sahara), créant une  nouvelle donne géopolitique, va-t-elle désormais  faire de  Rabat un partenaire alternatif  plus crédible qu’Alger ?

 

Le Mali reconnaissait  l’autodétermination du  Sahara occidental depuis juillet 1980, quatre ans après la déclaration d’indépendance en 1976.  Mais  en 2009,  la rupture entre Bamako et le Front Polisario, accusé de soutenir, avec l’Algérie, les mouvements indépendantistes  du septentrion malien, commençait. Depuis le 10 avril, la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental  par le Mali est officielle.  Ce qui  va  constituer  un frein  pour  une éventuelle   reprise  rapide de relations normales avec Alger.

 

Le Maroc apporte donc son soutien sécuritaire au Mali, il forme depuis quelques années  nos imams, le nombre de nos  étudiants  augmente pour atteindre 300 par an, il promet plus  d’investissements dans l’économie malienne. En contrepartie, depuis le 10 avril, Bamako considère   que  le plan d’autonomie marocain est « la seule base sérieuse et crédible ». Toutes les pièces  du puzzle sont ainsi réunies.  Et, nul   ne doute que le Maroc est parvenu à ses fins. Alors que  cette nouvelle donne  éloigne le Mali de la position onusienne classique. Mais si certains analystes  considèrent que ce  réalignement  diplomatique  avec le Royaume Chérifien est de  la real  politik.  D’autres, au contraire,  estiment  que Bamako aurait dû rester avec le positionnement  initial du Mali en faveur de l’autodétermination du Peuple Sahraoui. Une ligne diplomatique jusque-là tenue par Bamako depuis 1980.

 

La coopération du Mali avec l’Algérie ou avec  le Maroc, comme se redessine la nouvelle la nouvelle carte géopolitique,  va  connaître  une reconfiguration majeure. Alors que l’Algérie, historiquement médiateur,  voit son influence diminuer, suite notamment aux tensions diplomatiques et à l’annulation de l’Accord d’Alger en 2024. Le Maroc en profite pour renforcer ses liens par le biais  d’une coopération économique et militaire, se positionnant comme un nouveau partenaire stratégique majeur  de notre pays.

 

Pourtant  l’Algérie  projetait, depuis des années,  avec le Mali des projets  d’Infrastructures structurants telle la route transsaharienne. Ce grand voisin du nord   était  traditionnellement, outre   son rôle de médiateur dans le nord du Mali,  un  partenaire militaire important (formation, logistique). Mais depuis la crise  diplomatique actuelle, consécutive au renoncement par Bamako  de l’accord de paix d’Alger avec  les mouvements séparatistes,  les relations, naguère  solides entre  les deux pays voisins (partageant plus d’un millier de kms de frontière), ne cessent de se   dégrader  de façon  exponentielle.  Bamako  accusant   Alger d’ingérence politique et miliaire en soutenant  ses mouvements séparatistes.

 

De toute façon, même si aujourd’hui  la confiance est rompue entre Alger et Bamako, l’Algérie demeure  incontestablement  un acteur géographique incontournable du Mali, les deux pays  partageant  une  longue frontière commune. Il y va de l’intérêt réciproque des deux voisins de chercher le plus rapidement possible à rétablir leur coopération multiforme dans le respect mutuel. D’ailleurs ne dit-on pas  que le Mali constitue le Sud de l’Algérie et inversement, l’Algérie le Nord du Mali ?

 

Gaoussou Madani Traoré

Source : Le Pélican

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