Le mardi 23 juin 2026, la Commission européenne a reçu à Bruxelles, dans un lieu tenu secret, une délégation officielle du gouvernement afghan.
La délégation du régime taliban était conduite par le Responsable de la Communication au ministère afghan des Affaires étrangères, Abdul Qahar Balkhi. Son séjour dans la capitale politique de l’Europe est la réponse à la lettre d’invitation envoyée, début mai, au gouvernement de l’Afghanistan, par l’organe exécutif de l’U.E. Au cœur des discussions : la question migratoire, notamment le sort des migrants afghans.
Cette visite, comme on le constate, a suscité une vague d’indignations dans le monde des défenseurs des droits de l’homme, qui dénoncent des atteintes graves à la dignité humaine depuis le retour aux affaires des Talibans à Kaboul. « La Belgique s’apprête à accueillir une délégation talibane à Bruxelles. Oui, vous avez bien lu. Derrière les euphémismes de « coopération technique » et de « mission administrative », c’est une collaboration avec un régime responsable d’apartheid de genre, de crimes contre l’humanité, et visé par des mandats d’Interpol. L’objectif ? Faciliter l’expulsion de ressortissants afghans vers un pays où leur sécurité ne peut être garantie. Se rendre complice de ces retours, c’est se rendre complice de ce qui les attend là-bas», dénonçait sur sa page Facebook la «Plateforme Citoyenne -BelRefugees- Burgerplatform ».
Selon plusieurs médias, « la délégation afghane a pu rencontrer les représentants de 15 Etats membres, parmi lesquels la Suède, le pays ayant officiellement invité cette délégation, mais également la Belgique ou le Danemark. Outre une réunion multilatérale, les Etats ont participé à des réunions bilatérales avec les représentants talibans». Le quotidien suédois «Dagens Nyheter» révèle que le gouvernement de Suède cherche à « trouver le moyen d’expulser vers l’Afghanistan quelque 200 ressortissants afghan, condamnés en Suède ».
Il est évident que certains pays européens sont plus prompts à trouver un terrain d’entente avec le régime afghan sur le sort des migrants qu’à prêter une oreille attentive aux préoccupations soulevées par les organisations de défense de droits de l’homme. Pour leurs intérêts, les Etats sont prêts à ignorer les questions de droits de l’homme voire de la démocratie.
Avant Bruxelles, Moscou a mené des pourparlers à Kaboul. La Russie a reconnu le gouvernement taliban en juillet 2025, après avoir retiré les Talibans de la liste des organisations terroristes. Cerise sur le gâteau, le Secrétaire du Conseil de Sécurité russe, Sergueï Choïgou et le ministre afghan de la Défense, Mohammad Yaqoob Mujahid ont signé, le 27 mai à Moscou, un Accord de coopération militaire. La géopolitique a ses codes que les gouvernements décodent en fonction de leurs intérêts. Le monde fonctionne comme ça. On se berce d’illusions en regardant les choses autrement.
Par Chiaka Doumbia
Source : Le Challenger
