La crise et/ou la pénurie des produits d’hydrocarbures dure depuis bientôt un an. Face à cette épreuve, le courage et la bravoure des FAMa forcent le respect.
Au prix de sacrifices énormes, les soldats continuent d’assurer la sécurisation des convois sur des axes hautement stratégiques. Derrière eux, il faut saluer la résilience des chauffeurs routiers, de leurs apprentis, et le patriotisme des opérateurs pétroliers légitimes qui maintiennent le pays à flot.
Cependant, regardons la vérité en face. Si la grande crise des mois passés s’éloigne par moments, le Mali assiste toujours à des ruptures de stock inquiétantes. En clair, le pays n’est toujours pas parvenu à résoudre définitivement ce problème. Pourquoi ? La pénurie d’hydrocarbure est en partie auto-entretenue. Elle est alimentée par le goût prononcé pour les bénéfices rapides, le trafic opéré par certains opérateurs véreux et des spéculateurs aidés par des complicités internes. C’est le règne de la spéculation, où l’intérêt national est sacrifié sur l’autel de l’enrichissement illicite. La charité bien ordonnée commence par soi-même, dit-on, mais ici, l’ordre requis a été subverti : certains citoyens ont choisi de se servir plutôt que de servir la nation.
Pour démêler les ficelles de cette équation et imposer un sursaut, cinq pistes de réflexion s’imposent :
Premièrement, l’État doit reprendre en main l’importation des produits pétroliers. Les hydrocarbures sont une ressource stratégique qui ne peut plus dépendre des seules humeurs du marché privé.
Deuxièmement, il est urgent de superviser étroitement la distribution, voire la vente, pour garantir une égalité d’accès sur toute l’étendue du territoire.
Troisièmement, il faut assainir le milieu de fond en comble en y extirpant les affairistes et opérateurs véreux qui spéculent sur la détresse publique.
Quatrièmement, les autorités doivent mener un combat sans merci contre le trafic et les circuits clandestins qui assèchent nos stations.
Cinquièmement, le Mali doit construire rapidement des dépôts de stockage d’envergure à Bamako et dans les principales capitales régionales afin de garantir une réserve énergétique réelle.
Il est temps de trouver une solution pérenne à ce problème d’hydrocarbure qui asphyxie le quotidien des Maliens. La réconciliation nationale ne sera pas complète tant que des prédateurs intérieurs saboteront l’effort collectif et la paix sociale. Punir le trafic et moraliser l’économie est aujourd’hui un impératif de salut public.
C.H. SYLLA
Source : L’Aube
