KIDAL: Le terrain répond aux discours

La présence du Chef d’état-major général des Armées à Kidal porte un message qui dépasse largement le cadre d’une visite militaire. Elle exprime une volonté politique et stratégique, rappeler que le territoire national n’est pas une terre sans maître, que la souveraineté du Mali ne se négocie pas sous la menace et que l’autorité de l’État ne saurait être indéfiniment contestée par les armes.

Le Mali ne peut plus accepter que des groupes armés imposent leur loi sur la terre de nos ancêtres, au mépris de la vie humaine, de l’unité nationale et de la dignité de tout un peuple. Lorsque le chef militaire affirme que l’ennemi ne peut plus tenir durablement une position sur le territoire national sans subir la riposte des forces maliennes, il traduit une ambition claire: faire reculer les groupes terroristes, démanteler leurs réseaux et empêcher qu’ils transforment des portions du pays en sanctuaires. Derrière ces groupes se trouvent des organisations criminelles aux activités multiples, notamment les trafics d’armes et de drogues, qui prospèrent sur l’instabilité et la souffrance des populations.

 

La réponse du Mali doit donc être à la hauteur de l’enjeu, avec une armée déterminée, une stratégie cohérente et une vigilance constante face aux soutiens directs ou indirects dont ces réseaux pourraient bénéficier. Le temps où le Mali devait se résigner à voir son territoire lui échapper ne saurait être considéré comme une fatalité. Aucun peuple ne peut durablement accepter que des bandes armées dictent leur loi, terrorisent ses populations et mettent en cause son intégrité territoriale.

 

La souveraineté ne se proclame pas seulement dans les discours, elle se défend par des actes, se consolide par des institutions solides et se mesure à la capacité de l’État à protéger ses citoyens. Toute entreprise visant à déstabiliser le Mali doit se heurter à une réponse déterminée, dans le respect du droit et de la protection des populations civiles. Il convient également de revenir sur les prédictions alarmistes qui ont accompagné le départ des forces étrangères présentes au Mali. Certains experts de plateaux avaient annoncé, avec une assurance remarquable, que le pays ne pourrait préserver son territoire sans leur présence.

 

Or, une question demeure, si ces dispositifs militaires étaient censés contribuer à contenir la menace, comment expliquer que le terrorisme ait progressivement étendu son emprise à plusieurs pays du Sahel et au-delà, malgré des années d’opérations internationales ? Cette évolution mérite une analyse sérieuse, débarrassée des certitudes idéologiques comme des procès d’intention. Elle oblige à interroger les stratégies suivies, leurs résultats concrets et les intérêts qui ont parfois accompagné les discours sur la sécurité.

 

Le départ des forces étrangères n’a pas fait disparaître les défis sécuritaires du Mali. Il a, en revanche, placé les autorités nationales devant une responsabilité accrue: construire leur propre capacité de défense, adapter leurs méthodes et démontrer, sur le terrain, que la souveraineté peut se traduire en résultats. Cette responsabilité ne dispense ni d’évaluer les difficultés ni de reconnaître les sacrifices consentis. Elle exige plutôt de juger l’action militaire à l’aune de faits vérifiables: la protection des populations, la sécurisation des axes, la réduction des violences et le rétablissement progressif de l’autorité de l’État.

 

Dans ce contexte, le traitement médiatique du conflit mérite lui aussi d’être interrogé. Une partie des médias internationaux, parfois prompte à annoncer l’effondrement du Mali ou à présenter chaque difficulté comme la preuve d’une défaite inévitable, semble avoir confondu analyse critique et procès permanent. Le journalisme n’a pas pour mission de flatter un pouvoir, mais il ne saurait davantage se transformer en tribunal à charge, où les faits sont sélectionnés pour confirmer une conclusion déjà établie. La rigueur commande de confronter les déclarations aux réalités du terrain, de distinguer les revers des tendances de fond et de donner leur place aux populations maliennes, trop souvent réduites au silence dans les récits produits sur leur propre pays.

 

Kidal représente ainsi bien davantage qu’un point sur une carte. Elle concentre les blessures de l’histoire, les défis de la réconciliation, les exigences de l’unité nationale et la volonté d’un peuple de décider lui-même de son avenir. La reconquête de l’autorité de l’État ne doit pas être confondue avec une victoire contre une communauté, elle doit être comprise comme une lutte contre les groupes armés qui imposent la violence, quelle que soit leur origine, et comme une exigence de paix durable pour tous les citoyens. Le Mali n’a pas besoin d’être présenté comme invincible pour être respecté.

 

Il a besoin d’une armée capable, d’institutions responsables, d’une population protégée et d’une information qui ne prenne pas ses désirs pour des faits. La détermination militaire doit s’accompagner de discipline, de discernement et d’une perspective politique à la hauteur des sacrifices consentis. Car, tenir le terrain est une étape; rétablir durablement la sécurité, la confiance et la vie normale des populations est l’objectif véritable.

À Kidal comme ailleurs, le Mali entend rester maître de son destin. Ceux qui pariaient sur son impuissance doivent désormais accepter une réalité: le peuple malien ne renoncera pas à son droit de défendre son territoire. Et ceux qui veulent comprendre cette nouvelle étape doivent regarder les faits, non les préjugés. La souveraineté du Mali ne demande ni permission ni approbation extérieure; elle exige du courage, de la responsabilité et des résultats.
Le Poing

Source : Inter de Bamako

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