La veille de l’ouverture du Sommet, le mardi 27 octobre 2026, le Chef de l’État a accordé une audience très attendue au directeur général du géant russe du poids lourd KamAZ, Vasily Tsyganov.
Cet entretien au sommet ne constituait nullement une prise de contact protocolaire, mais s’est imposé comme une réunion de travail opérationnelle consacrée au suivi rigoureux de la feuille de route industrielle.
Trois semaines plus tôt, le 7 octobre 2026 à Bamako, dans les locaux du ministère de l’Économie, la Société malienne de transport et de logistique (SMTL-SA) avait paraphé avec KamAZ un accord historique sous la présidence du ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, et en présence de la ministre des Transports et des Infrastructures, Dembélé Madina Sissoko. D’un montant dépassant 30 milliards de francs CFA (soit 51,5 millions de dollars ou environ 4,1 milliards de roubles), ce contrat porte sur la fourniture de 350 véhicules lourds-un assortiment de camions de type 65115 et 43118, d’ensembles routiers tracteurs-remorques, de bennes et d’autobus interurbains. Destiné à doter le Mali d’un outil logistique souverain, ce parc permettra de sécuriser les flux vitaux d’approvisionnement en produits alimentaires, hydrocarbures, intrants agricoles et matériaux de construction pour ce pays enclavé dépendant à plus de 90 % du fret routier.
Ce partenariat avec KamAZ s’inscrit directement dans le prolongement de l’accord intergouvernemental conclu entre Bamako et Moscou en 2023 au lendemain du sommet de Saint-Pétersbourg, qui prévoyait la création d’une commission mixte et le développement d’un corridor logistique autonome. Comme l’a précisé Vasily Tsyganov à l’issue de l’audience, l’accord dépasse le cadre d’un simple achat de matériel : il a été conçu dès l’origine comme un écosystème industriel complet. Soucieux de diversifier ses marchés vers le Sud global, le constructeur de Naberejnye Tchelny déploie désormais une approche fondée sur le transfert de technologie et les services intégrés.
Le dispositif opérationnel débutera sur la zone aéroportuaire de Bamako-Sénou avec l’érection d’un atelier de maintenance moderne de 15 000 mètres carrés doté de bancs de diagnostic électronique, de ponts élévateurs et d’un magasin central de pièces de rechange. Ce centre de service permettra de garantir la disponibilité opérationnelle immédiate de la flotte sans subir les délais et surcoûts d’approvisionnement extérieurs. Sur le plan de la formation humaine, des conducteurs, mécaniciens et ingénieurs maliens de la SMTL-SA partiront se perfectionner à Kazan, au Tatarstan, au cœur des usines KamAZ, afin d’assurer la maintenance du matériel et de transmettre ces compétences à l’échelle nationale.
La feuille de route industrielle validée à Moscou prévoit une montée en puissance progressive, allant de la mise en place d’un centre de service agréé pour toute l’Afrique de l’Ouest jusqu’à la création d’un atelier d’assemblage en kits CKD. À terme, cette dynamique doit conduire à l’implantation d’une usine de montage complète au Mali, capable de produire pour le marché national et d’alimenter les pays partenaires de la Confédération AES.
Autour du Chef de l’État, la délégation malienne réunissait le ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, le ministre des Affaires étrangères, le ministre des Mines, le ministre de l’Industrie et du Commerce, la ministre des Transports et des Infrastructures, ainsi que le Directeur Général de la SMTL-SA, le Colonel Djibrila Harouna. Ensemble, ils ont réaffirmé avec la partie russe l’ambition de faire du Mali la plateforme logistique et le hub industriel stratégique de KamAZ en Afrique de l’Ouest. En adossant sa politique de transport à un outil de production local conforme à la vision Mali Kura ñètaasira ka ben san 2063 ma, Bamako transforme une contrainte géographique en levier de puissance, arrimant ainsi la souveraineté politique du pays à sa souveraineté industrielle.
KML
Source : L’Aube
