Malgré l’accalmie relative et en dépit des entrées annoncées de centaines de citernes, nul ne peut affirmer que la crise du carburant est derrière nous. Dans certaines parties du pays, la crise est même d’une cruciale acuité. C’est bien le cas à Ségou, deuxième plus grande ville du Mali.
Pourtant, à vue d’œil la ville grouille de monde. Les ségouviens sont restés ponctuels au rendez-vous. Pas qu’ils viennent à dos d’âne ou à bord de leurs traditionnelles charrettes. Mais parce qu’il y a encore des motos et des véhicules en circulation, créant même par endroits des embouteillages.
Mais le paradoxe le plus saisissant dans la ville de Ségou aujourd’hui est que toutes les stations de vente carburant que nous avons visitées sont fermées. Le personnel est au chômage technique alors que les ségouviens qu’ils sont censés servir sont actifs et continuent de vaquer à leurs affaires.
A se demander alors comment font-ils en ces temps de pompes sèches à Ségou et de pompistes introuvables ?
Pour ce qui concerne les fonctionnaires, nous a-t-on expliqué, ils ont accès à un passe-droit appelé bon qui leur permet d’avoir accès au carburant. Pour tout le reste du monde à Ségou, il faut aller sur le marché noir.
Avec l’assèchement des pompes, le marché informel dicte désormais sa loi avec pour conséquence des prix vertigineux atteignant par moment 3 500 FCFA pour l’essence et 3 750 FCFA pour le gasoil. Selon certains témoins interrogés dans la ville, c’est ainsi le cas depuis octobre 2025.
Ainsi donc, la cité d’origine du ministre de l’industrie et du commerce, M. Moussa Alassane Daillo et du Président du CNT Malick N’Diaw est là où le prix à la pompe de l’essence et du gasoil édicté par le gouvernement est le moins respecté. A Ségou, nous a-t-on dit, le carburant se vend dans des fûts dispersés à travers des points obscurs de la ville, au plus offrant et dernier renchérisseur.
Donc pour qui parle de respect de prix à la pompe, encore faut-il que le carburant soit servi à une pompe. Pour avoir accès à une pompe dans une station, certains ségouviens vont dans des villes voisines comme par exemple Markala.
Les prix n’augmentent pas parce qu’il n’y a pas de carburant, nous dit un témoin mais parce que le réseau normal de distribution a été perturbé par certains gros magnas sans scrupule qui ont réussi à en imposer à tout le monde, y compris à l’Etat à Ségou.
Dans cette situation, inutile de rappeler les conséquences socio-économiques aux allures dramatiques pour certains métiers et pour l’ensemble des acteurs économiques. Même si, certains s’en sortent mieux que d’autres ; ajoutant ainsi un fossé supplémentaire à la fracture sociale.
En certains endroits où nous nous sommes rendus, des voix s’élèvent pour dénoncer d’obscures complicités et pour même demander la démission pure et simple du gouverneur de Ségou.
Aux dires d’un de nos interlocuteurs : « La région de Ségou a besoin d’un responsable capable d’exiger des performances de ses services et d’exercer une pression rigoureuse sur les stations-service. ». Il suggère «d’instaurer une obligation de service continue de 07h à 23h pour les stations-service, avec une pause maximale d’une heure pour les repas, ou en cas de coupure d’électricité pour celles ne disposant pas de sources d’énergie autonomes » Toujours selon lui, «un approvisionnement hebdomadaire d’au moins 14 citernes d’essence et de gasoil doit être garanti pour la région de Ségou. Ceci permettrait de résoudre le problème de façon durable ».
Bokoum Abdoul Momini
Source : Maliweb
