Dr Ahmadou Touré est enseignant-chercheur en gouvernance publique, et directeur du Centre de recherche en gouvernance, médiation et sécurité au Sahel. Il vient d’enrichir le monde de la littérature de notre pays en signant un nouvel ouvrage désormais disponible dans les librairies de la place. Le livre de 150 pages, paru aux Éditions «Prostyle» s’intitule : «Souveraineté et refondation étatique au Mali (2020-2026) : Vers l’Alliance des États du Sahel ».
Dans cet ouvrage, Dr Ahmadou Touré analyse le processus de refondation engagé dans notre pays depuis le 18 août 2020. Celui qui est aussi maître-assistant à l’Université Kurukanfuga de Bamako (UKB), part d’une interrogation centrale : les réformes de la Transition ont-elles permis une reconquête réelle de la souveraineté nationale et posé les bases d’une gouvernance plus autonome ? S’appuyant sur des sources officielles maliennes, des rapports internationaux et une littérature académique récente, l’auteur défend l’hypothèse selon laquelle la refondation n’est pas une simple parenthèse militaire, mais une rupture souverainiste susceptible d’inspirer d’autres trajectoires africaines.
La première partie du livre reconstitue les fondements de cette rupture. La crise de 2020 est présentée dans cet ouvrage comme une succession d’évènements «simultanés» : insécurité au Nord et au Centre, contestation du régime du Président feu Ibrahim Boubacar Keïta, corruption, chômage des jeunes et choc de la Covid-19. Le Comité national pour le salut du peuple (CNSP), dirigé par le Colonel Assimi Goïta, apparaissait comme un sursaut populaire et militaire, souligne Ahmadou Touré.
Le livre relate que la Charte de la Transition et les Assises nationales de la refondation en deviennent les instruments inclusifs. « La Constitution du 22 juillet 2023, adoptée par référendum, réaffirme l’État unitaire, renforce l’Exécutif, institue un Sénat et ancre le texte dans l’héritage des empires ouest-africains », fait savoir Dr Touré. D’après lui, le Cadre stratégique de refondation de l’État (2022-2031) et la vision Mali Kura 2063 transforment ce projet en planification de long terme. La deuxième partie de l’ouvrage évalue la reconquête territoriale. La modernisation des Forces armées maliennes (FAMa), les recrutements, les drones, l’appui aérien et les groupements tactiques avaient préparé la reprise de Kidal le 14 novembre 2023, symbole de la fin d’une occupation de facto et des Accords d’Alger, révèle le livre. L’auteur évoque ensuite le retour de l’administration, puis les limites de cette initiative : personnels insuffisants, méfiance communautaire et contraintes budgétaires.
Les années 2024-2026 montrent l’adaptation des menaces, notamment les attaques du 25 avril 2026 ayant occasionner la perte de plusieurs personnes, notamment l’ancien ministre d’état, ministre de la Défense et des Anciens combattants, Feu le Général d’armée Sadio Camara, rappelle l’écrivain. Selon Ahmadou Touré, le protocole «défense intégrée» et l’opération «Dougoukoloko» de l’Armée illustrent le passage d’une reconquête territoriale à une guerre d’usure.
Quant à la 3è partie du livre, elle élargit le cadre au Sahel. La Charte du Liptako-Gourma adoptée, le 16 septembre 2023, institue l’Alliance des États du Sahel (AES) entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, souligne l’auteur. Ajoutant que cette Alliance se transforme progressivement en confédération opérationnelle : force unifiée, banque d’investissement, secrétariat permanent et Parlement en gestation. Sans idéaliser le processus, Dr Touré en souligne les tensions, notamment les ressources limitées et les menaces persistantes.
L’ouvrage offre ainsi une synthèse dense d’un moment où le Mali a tenté de relier souveraineté nationale et solidarité sahélienne. Le livre est disponible auprès de l’auteur et des Éditions «Prostyle» au prix de 15.000 Fcfa.
Bembablin DOUMBIA
Source : L’Essor
