Au Centre International de Conférences de Bamako, du 23 au 24 juin, le gouvernement s’est livré à un exercice rare et solennel : restituer devant la nation le bilan des cinq années de gouvernance du Général d’Armée Assimi Goïta.
Ce «Grand Oral» n’était pas une simple présentation technique, mais une véritable fresque politique et sociale, où chaque ministre a exposé ses réalisations, ses chiffres et ses ambitions dans une atmosphère de gravité et d’attente. L’événement a pris des allures de miroir national, reflétant les avancées, les défis et les promesses d’un Mali en pleine refondation. Dès l’ouverture, le ton a été donné par le ministre des Finances, Alousséni Sanou, qui a déroulé un inventaire précis des réformes budgétaires et fiscales. La part de l’État dans le code minier a été portée à 35%, générant plus de 200 milliards de francs CFA annuels, tandis que les impayés de la CMDT ont été réglés à hauteur de 69 milliards. La numérisation des régies financières vise désormais à réduire les pertes de recettes sous la barre des 2%. Ces chiffres, au delà de leur technicité, traduisent une volonté de souveraineté budgétaire et d’indépendance économique.
La justice et la diplomatie ont ensuite pris le relais. Mahamadou Kassogué, Garde des Sceaux, a mis en avant plus de 450 dossiers de corruption instruits et 120 milliards recouvrés, preuve d’une justice distributive qui s’affirme. Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères, a quant à lui souligné le repositionnement stratégique du Mali au sein de la Confédération des États du Sahel, avec plus de 400 milliards d’investissements hors zone monétaire classique. Ces interventions ont donné corps à une souveraineté qui se veut à la fois judiciaire et diplomatique, inscrite dans une logique de rupture et de réaffirmation nationale.
Le monde rural, pilier de l’économie malienne, a occupé une place centrale dans ce récit. Le docteur Ibrahima Samaké a présenté une production céréalière record de 14 millions de tonnes en 2025, symbole de la sécurisation des campagnes par les FAMa. Youba Bâ, ministre de l’Élevage et de la Pêche, a évoqué la vaccination de 65 millions de têtes de bétail et une hausse de 18% de la production halieutique. Ces chiffres incarnent la résilience des paysans et pêcheurs maliens, et traduisent une reconquête qui dépasse le champ militaire pour toucher directement la vie quotidienne.
La refondation sociale a trouvé voix dans les interventions d’Amadou Sy Savane et du Colonel-major Assa Badiallo Touré. Écoles réhabilitées, modules de civisme introduits pour 1,8 million d’élèves, assurance maladie universelle couvrant 3,2 millions de Maliens, prise en charge des Pupilles de la Nation et appui aux veuves de militaires : autant de mesures qui traduisent la volonté de lier souveraineté et justice sociale. Ces annonces ont donné une dimension humaine au bilan, rappelant que la reconquête ne se mesure pas seulement en chiffres mais aussi en vies protégées et en espoirs restaurés.
Enfin, les ministres de l’Administration territoriale, de la Jeunesse et de l’Environnement ont présenté des réformes structurelles : découpage en 19 régions, enrôlement de 15.000 jeunes dans le Service National des Jeunes, curage de 420 km de collecteurs à Bamako et lutte contre l’orpaillage clandestin. Ces mesures traduisent une volonté de refonder l’État jusque dans ses structures locales et de préparer une jeunesse consciente et engagée.
Ce grand oral n’a pas seulement été un inventaire comptable. Il a été une mise en récit de la souveraineté : une souveraineté budgétaire, judiciaire, diplomatique, agricole et sociale. Les chiffres, les réalisations et les promesses ont été livrés comme autant de preuves d’une transformation systémique. Mais derrière la tribune, l’enjeu reste la mise en œuvre quotidienne : transformer les bilans en réalités vécues par les citoyens. L’An V de Assimi marque une étape charnière : celle où les promesses doivent se muer en résultats durables, dans les villages, les écoles, les marchés et les hôpitaux. Le Mali Kura se dessine ainsi comme une trajectoire en mouvement, où la reconquête proclamée doit devenir une souveraineté vécue.
KML
Source : L’Aube
