Rarement un événement international aura captivé les opinions africaines comme le troisième sommet Afrique-Russie tenu à Moscou des 26 au 29 octobre 2026, avec deux pics majeurs : le forum des médias russo-africains et le sommet des dirigeants russes et africains.
J’ai eu le bonheur et l’honneur, à l’invitation officielle du média Russia Today, de vivre de l’intérieur cet événement, sur lequel je me penche à présent, de retour à Bamako au Mali, la capitale de l’Afrique des Libertés, au cœur de l’Alliance des états du Sahel (AES). J’en parlerai en trois moments : le contexte du sommet côté africain comme côté russe ; l’ambiance du sommet à travers ses « à-côtés » ; les grands acquis du sommet tels que je les ai perçus.
I-LE CONTEXTE DU SOMMET : CÔTÉS AFRICAINS ET RUSSES
L’Afrique est en guerre contre l’impérial-terrorisme. Les déstabilisations menées par l’OTAN contre la Libye en 2011 et toute l’Afrique du Nord ont débordé sur le Sahel, le Golfe de Guinée, l’Afrique centrale avec en prime la République démocratique du Congo, et maintenant le bassin du Zambèze où les mercenaires otaniens d’Al-Qaida et de l’EI harcèlent désormais l’état mozambicain pour forcer l’accès aisé des compagnies occidentales Total, Exxon, BP entre autres, ogres des richesses africaines, aux faramineux champs de gaz et de pétrole de la région de Cabo-Delgado. Cette guerre hybride menée par l’OTAN, l’UE et en avant-garde le néocolonialisme français contre l’Afrique a été amplement documentée par de nombreux travaux. Notre ouvrage majeur de 2025, L’Impérial-Terrorisme, publié à Bamako au Mali, en a largement rassemblé les preuves irréfutables.
L’Afrique, au moment de ce sommet, a également été en proie au chantage russophobe de l’Occident, qui lui a amplement promis coups et blessures si elle se mobilisait massivement pour répondre à l’appel de Moscou.
Malgré les menaces de sanctions financières, humanitaires, militaires et individuelles brandies par l’Occident impérialiste contre les Africains, seules cinq délégations sur soixante cinq invitées manquaient à l’appel de la Fédération de Russie. Et quand la propagande occidentale a agité en plus le spectre de la mort brutale qui frapperait les Africains venant en avion au sommet, en raison de l’invasion brutale des drones de guerre ukronazis, la sérénité et la résilience, mais aussi la loyauté des Africains envers la Russie ont amplement prévalu. L’Afrique a dit Niet au chantage européen et a honoré de la présence de 22 chefs d’états et de gouvernement, les travaux proactifs conduits par l’architecte de Moscou Vladimir Vladimirovitch Poutine. C’est donc l’urgence de la prospérité et les aspirations légitimes des masses populaires africaines à bénéficier d’un monde multipolaire fructueux pour le Sud Global qui galvanisaient les Africains présents à ce sommet.Côté russe, la guerre d’attrition contre l’Ukraine, cheval de Troie de l’OTAN dans son ambition hégémonique vers l’est de l’Eurasie est au cœur de toutes les attentions, tout comme les extensions de cette confrontation fondamentale en Afrique, où les mercenaires ukrainiens et français encadrent tout naturellement les hordes de l’impérial-terrorisme. Consciente de l’appartenance du peuple ukrainien à la même racine slave que le peuple russe, le président Poutine et son gouvernement ont choisi de cibler et de frapper exclusivement les forces armées ukrainiennes fidèles à l’incongru Zelensky, les mercenaires de l’OTAN et les infrastructures stratégiques mobilisées par l’engeance hégémonique occidentale contre la Russie. Les résultats sont si efficaces que devant la défaite massive de l’Ukraine, le retournement d’alliance de Donald Trump en faveur de la Russie n’est plus une vue de l’esprit, notamment depuis la signature d’un accord commercial sur le pétrole et le gaz russes entre les états-Unis et la Fédération de Russie. C’est donc avec force, résilience, lucidité et proactivité que la Russie mène le bal du rapport de forces face à une coalition impérialiste occidentale plus que jamais divisée par la crise énergétique qu’elle a provoquée à ses dépens et les crises politiques internes à ses propres nations. C’est cette Russie confiante et déterminée à passer à la vitesse supérieure dans ses relations internationales que l’Afrique a donc rencontrée à Moscou.
II-L’AMBIANCE DU 3è SOMMET RUSSIE-AFRIQUE
Elle était formidable. Le temps était au rendez-vous, avec un climat lumineux, frais et sec sur la capitale russe. Ce sommet fut un hyper-succès, dirais-je, car il a su combler les attentes des participants de plusieurs points de vue.
L’excellente convivialité russe s’est manifestée par la qualité de l’hébergement offert aux délégations africaines, dans les meilleurs Cinq Etoiles de la capitale russe. Au confort du cadre de vie, s’ajoutait comme de juste la belle variété gastronomique des tables russes abondamment servies. S’ajoutaient aussi l’accompagnement de proximité des officiels, stagiaires et étudiants russes chargés de faciliter les activités des différentes délégations dans la majestueuse ville de Moscou et la disponibilité des médias de tous les horizons à recueillir librement les pensées de tous et de chacun, à volonté. Moscou, ce fut aussi, l’occasion de ce 3ème sommet, une occasion de retrouvailles pour les Africains d’Afrique et des diasporas, qui paradoxalement se rencontrent moins en dehors de telles circonstances, loin du pouvoir de censure et de discrimination de l’Occident politique. Libérée, la parole du monde multipolaire circulait puissamment dans toutes les colonnes de cette grande rencontre d’octobre 2026, lui donnant une saveur de vérité et d’authenticité politiques remarquables.
On n’oubliera pas de mentionner ici la plus récurrente des contraintes de ce sommet : l’exigence de sécurité. La Russie n’a négligé aucun détail pour s’assurer que ceux qui accédait aux enceintes des forums et des conférences du 3ème sommet Russie-Afrique montrent systématiquement patte blanche devant les postes de contrôles. Le nombre de fouilles corporelles, de passages aux lasers, de préventions contre les contaminations bactériennes et virales fut très élevé. Les visiteurs devaient faire à cet égard preuve de bonne compréhension, car c’était précisément pour leur propre sécurité que ces mesures drastiques, nous a-t-on expliqué à temps, étaient prises.
III-LES GRANDS ACQUIS DU 3è SOMMET RUSSIE-AFRIQUE D’OCTOBRE 2026
Deux mots me reviennent sans cesse à l’esprit quand je veux cerner les acquis de ce sommet : la consolidation et l’institutionnalisation de la coopération russo-africaine.
J’entends par consolidation, le fait que ce sommet consacre le passage de la coopération russo-africaine en état d’urgence à la coopération russo-africaine en état de permanence. Dans les domaines de la défense et de la sécurité, de l’économie et des finances, de l’éducation-formation-science-technologie, mais aussi dans la sphère de la coopération culturelle entre l’Afrique et la Russie, ce sommet s’est consacré à mettre en place des superstructures solides pour encadrer la proactivité renouvelée des relations russo-africaines. Des accords de coopération et des cadres de concertation permanente ont vu le jour dans tous ces domaines.Par institutionnalisation, j’entends dire que ce sommet à permis d’interconnecter de nombreuses institutions russes et africaines qui opéraient jusqu’ici de manière sporadique et séparée, se rencontrant seulement de façon occasionnelle.
Le renforcement continu des capacités défensives des armées africaines alliées, le transfert des technologies industrielles de l’armement, du nucléaire, des satellites d’information ; la mise en réseau des banques russes et des banques nationales africaines ; les investissements massifs de Kamaz dans l’industrie automobile malienne ; la mise en œuvre du projet de carte géologique des pays sahéliens amis de la Russie ; l’augmentation massive des bourses russes pour la formation des plus hauts cadres africains dans les domaines de compétence liés aux technologies contemporaines de pointe ; le passage de 18 milliards de dollars d’échanges commerciaux en 2022 à plus de 27 milliards de dollars en 2025, la vingtaine d’entretiens et de séries de conventions bilatérales signées par les autorités russo-africaines, annoncent clairement un monde nouveau. Les germes de la future OMM (Organisation du Monde Multipolaire) qui fera pièce à l’ONU sont en plein épanouissement.
En réalité, c’est le monde multipolaire de nos espérances qui s’est en définitive, davantage manifesté à nos yeux à Moscou, la magnifique et puissante capitale russe, que nous remercierons toujours pour l’indéniable qualité de son accueil fraternel. Le Président Vladimir Poutine et son gouvernement ont incontestablement relevé le défi et posé haut la barre de la coopération russo-africaine. Puisse le 4ème sommet Afrique-Russie se tenir bientôt en Afrique, dans la même vision transcendante ! Loin des oripeaux ruineux du racisme, du colonialisme, du néocolonialisme et de l’impérial-terrorisme qui ensanglantent encore notre planète.
Une tribune internationale du Professeur Franklin Nyamsi
Président de l’Institut de l’Afrique des Libertés
Bamako-Mali-Le 2 novembre 2026
Moustapha Toure
Source : L’Essor
