Bakary travaille depuis plusieurs années dans une petite entreprise de services.
Chaque matin, il accomplit ses tâches comme n’importe quel salarié, mais sans contrat écrit, sans déclaration sociale et sans véritable protection professionnelle.
Pendant longtemps, cette situation semble convenir à tout le monde. L’employé perçoit un revenu en cash, pas de virement car l’employeur évite certaines formalités administratives et les charges liées à la déclaration du personnel. Mais lorsque survient un conflit, un accident de travail ou une rupture de collaboration, l’absence de cadre officiel devient un risque majeur pour les deux parties.
Pour Bakary, le danger est évident : absence de couverture sociale, difficultés à prouver son ancienneté ou à réclamer ses droits, aucune retraite. Mais le risque est également important pour l’employeur, souvent sans qu’il en mesure pleinement les conséquences.
Le Code du travail du Mali prévoit en effet que la relation de travail existe dès lors qu’une personne travaille sous l’autorité d’un employeur contre rémunération, même sans contrat écrit. Selon l’article L.6, l’existence du contrat peut être reconnue dès qu’il y a prestation de travail et paiement d’un salaire et L’article L.24 autorise la preuve du contrat par tous moyens : témoignages, virements, messages, badges ou preuves de présence.
Ainsi, en cas de litige, un employeur peut être condamné même sans avoir signé de contrat formel. Les conséquences peuvent être lourdes : paiement d’arriérés de salaires ou d’indemnités, régularisation forcée des cotisations sociales auprès de l’Institut National de Prévoyance Sociale (INPS), sanctions administratives, responsabilité en cas d’accident du travail, dommages et intérêts pour licenciement abusif ou travail dissimulé. Dans certains cas, l’absence de déclaration sociale peut également fragiliser l’entreprise lors de contrôles administratifs ou fiscaux. Ce qui semblait être une économie à court terme peut alors devenir une charge financière importante.
Cette réalité montre que la formalisation du travail ne protège pas seulement l’employé : elle sécurise aussi l’employeur. Un contrat clair, des déclarations régulières et des procédures respectées réduisent les risques de conflits et renforcent la stabilité de l’entreprise. Car derrière chaque emploi informel se cache souvent une insécurité partagée.
Construire des relations de travail plus transparentes et plus équilibrées, c’est protéger à la fois les travailleurs, les entreprises et l’économie elle-même…
Parce que c’est notre Mali.
Muriel Jules
Source : Mali Tribune
