Orange-Mali, jadis, réseau favori de la majorité des consommateurs des Tics et téléphonie mobile du Mali ne donne plus satisfaction. Aussi curieux que cela puisse paraitre, cet opérateur dont la performance des services ne faisait l’objet d’aucun débat, traverse une période sombre en termes d’offres de qualité. La couverture affichée ne garantit plus la connectivité. ‘’Volume Magni’’ !
Un témoignage poignant reçu de Bourdala, à quelques kilomètres de Kayes, n’est ni un cas isolé ni une simple plainte d’usager. Il est le reflet d’un phénomène qui prend de l’ampleur dans plusieurs régions du Mali : celui d’une couverture théorique d’Orange qui ne se traduit plus toujours par un service réellement opérationnel. L’antenne est bien là, le logo Orange s’affiche sur l’écran du téléphone, mais les appels n’aboutissent pas, les messages restent bloqués et l’accès à Internet devient aléatoire, voire inexistant. Les habitants se voient alors contraints de quitter leur concession, parfois même leur village, pour trouver un endroit où le signal est enfin exploitable.
Cette situation est d’autant plus frustrante qu’Orange Mali demeure le premier opérateur du pays et revendique une couverture de plus de 95 % de la population pour la téléphonie mobile et de plus de 72 % pour les services de données. Pourtant, entre les statistiques officielles et le vécu quotidien des populations rurales, un fossé de plus en plus visible s’est creusé.
Dans de nombreuses localités, les difficultés ne proviennent pas de l’absence d’infrastructures, mais de la qualité même du service. Les habitants évoquent des appels interrompus, des communications impossibles à certaines heures de la journée, un Internet d’une extrême lenteur et des coupures pouvant se prolonger pendant plusieurs jours. Cette dégradation est devenue suffisamment récurrente pour que les réseaux sociaux et les services d’assistance d’Orange enregistrent régulièrement des réclamations émanant de toutes les régions du pays.
Les causes de cette situation sont multiples. La première réside dans l’augmentation spectaculaire du nombre d’abonnés. Dans plusieurs zones, les infrastructures installées il y a quelques années ne semblent plus dimensionnées pour absorber le volume actuel des communications. Les stations-relais atteignent rapidement leurs limites, notamment aux heures de forte affluence.
La deuxième tient aux difficultés des stations-relais. Dans les régions les plus éloignées, les interruptions de courant, souvent invoquées pour expliquer les perturbations, masquent mal des difficultés plus profondes liées à la maintenance des installations.
À cela s’ajoutent les contraintes sécuritaires. Dans plusieurs zones du Centre et du Nord, les équipes techniques peinent à intervenir, ce qui retarde les opérations de réparation, d’entretien ou de modernisation des équipements. Une évidence déjà évoquée par le responsable qualité de ladite société lors du récent Forum de l’AMRTP entre les opérateurs et les consommateurs.
Enfin, les réalités géographiques constituent elles aussi un défi. Les longues distances entre les villages, la dispersion des populations et les contraintes du relief rendent les investissements plus coûteux, avec pour conséquence des infrastructures parfois insuffisantes pour garantir une couverture stable et de qualité.
Les difficultés concernent aujourd’hui un grand nombre de localités. Sans prétendre à l’exhaustivité, les remontées des usagers sont particulièrement fréquentes dans plusieurs communes rurales des régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, San, Nioro du Sahel, Nara, Kita, Kéniéba, Douentza, Gao et Tombouctou, ainsi que dans de nombreux villages environnants.
Dans le district de Bamako, les problèmes sont d’une autre nature : ils apparaissent principalement lors des fortes concentrations d’utilisateurs ou dans certains quartiers où le réseau atteint rapidement un seuil de saturation. Les signalements proviennent aussi bien des campagnes que des centres urbains, preuve que le problème dépasse désormais la seule question de la couverture géographique.
Le cas de Bourdala, évoqué par notre lecteur, illustre parfaitement cette réalité. L’antenne existe bel et bien, mais les habitants sont contraints de parcourir plusieurs kilomètres jusqu’à d’autres villages pour téléphoner ou accéder à Internet. Une telle situation dépasse le simple désagrément technique. Elle constitue désormais un véritable frein au développement économique et social. Les commerçants perdent des clients, les familles peinent à rester en contact, les enseignants et les agents de santé voient leurs missions compliquées, tandis que les opérations financières réalisées par téléphone mobile deviennent aléatoires.
Cette fracture numérique revêt une gravité particulière dans un pays où la téléphonie mobile est devenue le principal outil de communication, d’information, d’accès aux services administratifs et de paiement. L’accès au réseau ne relève plus du confort ; il s’agit désormais d’un service essentiel.
Orange Mali poursuit certes ses investissements afin de moderniser et d’étendre son réseau. L’opérateur met également à la disposition de ses abonnés plusieurs dispositifs de signalement des pannes et d’assistance. Mais les témoignages recueillis sur le terrain continuent d’affluer et montrent qu’un grand nombre de localités attendent toujours une amélioration tangible de la qualité du service.
Au fond, la véritable question n’est plus de savoir si un village figure sur la carte de la couverture réseau. Elle est de déterminer si cette couverture permet réellement à ses habitants de communiquer dans des conditions normales. Car une antenne visible à l’horizon ne suffit pas lorsqu’il faut quitter son domicile, voire son village, pour passer un simple appel. C’est cette contradiction, entre la couverture annoncée et la connectivité effectivement disponible, qui nourrit aujourd’hui l’incompréhension, la frustration et, de plus en plus, l’exaspération des usagers maliens. Donc, avec Orange-Mali, ‘’Volume Magni’’ !
Moustapha Diawara
Source : Le Sursaut
